« Il suffit d’être présent » : dans l’Indre, Halte familles soutient les proches de détenus

Une activité bénévole un peu particulière : accueillantes de visiteurs au Craquelin, pour offrir une oreille attentive aux familles de détenus. Elles sont douze à le faire toute l’année à Châteauroux.

Par JEANNE TESSON

« On est là pour accueillir, écouter s’ils ont envie de parler. Toujours de façon neutre, sans jugement et sans vraiment poser de question », explique Thérèse Chasselet, vice-présidente de l’association Halte Familles. Un vrai jeu d’équilibriste, pour offrir du soutien, et une oreille attentive, sans rentrer dans l’intimité des gens, qui rendent visite à leurs proches au parloir. « Certains viennent régulièrement, mais ne parlent jamais, raconte Thérèse. Il y a un couple qui vient toutes les semaines, mais qui n’avait jamais voulu discuter. L’autre jour le monsieur avait froid, je lui ai proposé un café, et depuis il n’arrête plus de parler. Ça se déclenche, sans qu’on sache pourquoi. »

« Il y a moins de conflits dans les parloirs »

Jeudi 13 mars 2025 a eu lieu l’assemblée générale de Halte Familles, à la maison des associations, à Châteauroux. Une quinzaine de personnes se sont rassemblées pour l’occasion. « On a douze accueillantes, toutes des femmes », remarque Thérèse Chasselet. L’association tient des permanences d’accueil cinq jours par semaine, dans la salle « famille » du centre pénitentiaire du Craquelin. Un « moment de répit » pour les visiteurs, avant d’entrer dans les parloirs. Thérèse a « toujours été intriguée par le milieu carcéral ». S’engager en tant que bénévole, si c’est d’abord pour se sentir utile en « aidant et en soutenant des familles », ça a été pour elle un moyen de « démystifier ce milieu ».

Déconstruire les idées reçues

« On entend beaucoup de choses sur les prisons, dans la bouche de gens qui n’y connaissent rien », relève-t-elle. Un constat que partage Michèle, bénévole accueillante, et visiteuse de détenus à la maison centrale de Saint-Maur. « Les âneries qu’on entend, c’est à vous dresser les cheveux sur la tête ! » Longtemps collaboratrice d’un parlementaire sensible aux enjeux du milieu carcéral, Michèle souhaite participer à « déconstruire les idées reçues. Il ne faut pas croire que c’est merveilleux d’être en prison, lâche-t-elle. Quand on a mis un pied dedans, on peut expliquer aux gens comment ça se passe vraiment à l’intérieur. »


Rencontrer les gens, discuter avec les familles est une expérience que toutes décrivent comme « enrichissante ». Pour Marie-José Chaussonnet-Verron, nouvelle présidente de Halte Familles, « c’est très important d’être là. Il y a moins de conflits dans les parloirs, parce que les visiteurs sont plus détendus. » Quel que soit le contenu des discussions, « il suffit d’être présent », estime-t-elle. Les femmes qui viennent voir leur conjoint, leur fils ou leur ami dans cette prison pour hommes « sont souvent seules, isolées. Parler du quotidien, des enfants, de leurs problèmes », même sans parler des détenus, « ça les aide », assure la présidente.


Halte familles assure des permanences toute l’année, les lundis, mercredis, vendredis, samedis et dimanches après-midi, de 12 h 45 à 16 h 15.


La Nouvelle République - le 16 mars 2025

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