L’annonce du ministre de la Justice de regrouper les « cent plus gros narcotrafiquants » dans une même prison suscite nombre de questions. Dans quelle prison, quels détenus et comment procéder ?
Une seule prison pour les grands narcotrafiquants ?
— framafad paca corse (@WaechterJp) January 15, 2025
L’annonce du ministre de la Justice de regrouper les « cent plus gros narcotrafiquants » dans une même prison suscite nombre de questions. Dans quelle prison, quels détenus et comment procéder ? @OuestFrance pic.twitter.com/cYIYl4VmYg
• Pierrick BAUDAIS
Repères
Le nouveau ministre de la Justice, Gérald Darmanin, veut regrouper les « cent plus gros narcotrafiquants », actuellement incarcérés dans différents établissements pénitentiaires, dans une seule prison « de haute sécurité ». Et ce, d’ici à cet été. Objectif affiché : faire en sorte que ceux-ci ne puissent plus poursuivre leurs trafics depuis leurs cellules.
Dans quelle prison ?
Ce projet, dont aucune modalité n’a encore été précisée, suscite inévitablement nombre d’interrogations. Quelle prison sera retenue ? Deux établissements, accueillant déjà des détenus particulièrement dangereux, sont évoqués : ceux de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et de Condé-sur-Sarthe (Orne). « Mais si la prison de Condé-sur-Sarthe est retenue, où met-on les détenus qui y sont actuellement ? » s’interroge Emmanuel Guimaraes, responsable national de FO Justice, et ancien surveillant de la prison ornaise. « Si Condé devait être désignée et donc vidée de ces actuels détenus [102 en décembre], Vendin ne pourra recevoir la totalité de ces profils dangereux », complète Wilfried Fonck, secrétaire national de l’Ufap-Unsa Justice, syndicat de personnels pénitentiaires.
Quels détenus ?
Autre interrogation : selon quels critères seraient sélectionnés ces cent « plus gros trafiquants » ? Selon BFMTV, une liste aurait été établie avec les services de police, de gendarmerie et du renseignement pénitentiaire. Sans le concours de magistrats ? Cette liste comprend-elle des détenus qui sont en détention provisoire, c’est-à-dire qui n’ont pas encore été jugés ?
Plusieurs avocats ont déjà fait valoir que pour ces détenus, qui se retrouveraient étiquetés parmi les « plus gros narcotrafiquants de France », ce serait une lourde atteinte à la présomption d’innocence. Et comment sortir de ce lieu et de cette liste ? « Il ne faut pas oublier qu’un certain nombre d’entre eux sont jeunes. Comment seront-ils pris en charge pour envisager ce qu’ils feront du reste de leur vie ? » interroge Jean- François Fogliarino, secrétaire général du SNPD (Syndicat national des directeurs pénitentiaires).
Est-ce une bonne idée ?
À des degrés divers, l’annonce est diversement appréciée. Jean-François Fogliarino estime qu’il y a « nécessité » à mieux lutter contre ces groupes criminels qui « ont les moyens de s’opposer à l’État ».
Mais faut-il pour autant regrouper tous ces narcotrafiquants dans un même endroit ? « Ne va-t-on pas favoriser la création de nouveaux réseaux ou réunir, dans un même lieu, des individus qui étaient déjà en guerre à l’extérieur ? » questionne Jean-François Fogliarino, qui préférerait des quartiers dédiés à ces détenus dans plusieurs prisons en France.
« Ne va-t-on pas créer une Internationale du narcotrafic ? Tout dépendra des moyens mis à disposition pour gérer ces individus », insiste Wilfried Fonck.
OUEST-FRANCE - le 14 janvier 2025