La surpopulation carcérale bat des records

La loi contre le narcotrafic qui arrive devant l’Assemblée ce lundi veut s’attaquer à son influence dans les prisons. Mais alors que, pour la première fois, la barre des 9 000 détenus a été franchie en février dans la région, la justice s’alarme d’une réinsertion fragilisée.


• Yves Souben

Ce 26 juin 2023, sur le chantier des Baumettes 3, Emmanuel Macron promet une stratégie « simple» contre le narcotrafic : plus de policiers et de surveillants, plus de magistrats. « Et plus de places de prison pour exécuter les sanctions les plus lourdes. »

Deux ans plus tard, le narcotrafic s’étend toujours derrière les hauts murs des lieux de détention. Jusqu’aux ordres d’assassinat qui partent des cellules. Alors, après la commission d’enquête obtenue par les sénateurs Jérémy Bacchi (PCF), Marie-Arlette Carlotti (PS) et Guy Benarroche (EELV), la proposition de loi contre le narcotrafic qui arrive ce lundi devant l’Assemblée compte bien s’attaquer au problème. Les trafiquants qui poursuivent leur activité derrière les barreaux verront leur peine maximale aggravée et des drones pourront être déployés au-dessus des centres pénitentiaires.

« On enferme trois fois plus longtemps »

Mais tandis que 3 400 personnes impliquées dans le narcotrafic ont été interpellées 2024, les conditions de détention ne cessent de se dégrader.

Le 5 mars, 70 agents pénitentiaires de la prison de Luynes ont cessé le travail pour dénoncer un fonctionnement « en mode dégradé». En deux ans, deux détenus y ont été assassinés. Mercredi, c’était au tour du procureur, Nicolas Bessone, d’alerter. « Le taux de surpopulation carcérale a dépassé les 200%. On était à 203% lundi et dans ces conditions, c’est factuel, on ne réinsère plus», assénait-il. Sollicitée, la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille n’a pas donné suite.

Mais le sujet inquiète dans les couloirs : pour la première fois, la barre des 9 000 détenus a été franchie au mois de février en région Paca-Corse. Le taux d’occupation frôle désormais les 150% dans les quartiers des maisons d’arrêt du territoire.

Au cœur de cette envolée, l’allongement de la durée de détention provisoire. La majorité des personnes sous écrou sont dans l’attente d’un jugement, alertait déjà au mois d’août dernier le président du tribunal judiciaire, Olivier Leurent. Conséquence du poids du narcotrafic et de la saturation de la justice. « La surpopulation n’est pas le fait qu’on enferme plus de monde, mais qu’on les enferme trois fois plus longtemps qu’il y a quarante ans», explique Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui s’est rendu aux Baumettes en février et témoigne des conditions d’enfermement. « Les gens sont blêmes. La plupart sont oisifs parce qu’il n’y a pas de travail. Ils sont à trois dans une cellule, avec le chiotte qui est là, le matelas par terre, un poste de télévision que certains ne veulent pas couper la nuit parce que c’est leur somnifère. Et il y a les cris constants, du bruit constant. Ce sont des conditions indignes, un environnement maltraitant. » Face au manque de moyens, il s’inquiète aussi de la mise en place de « caïdats » et des personnels s’appuyant sur certains détenus pour garantir l’ordre.

Les discours politiques qui s’en prennent aux activités en prison risquent encore d’aggraver les choses. Sur le chantier des Baumettes 3 et ses 740 places, qui doivent être livrées cette année, Emmanuel Macron avait donné sa réponse : « Nous serons au rendez-vous de l’engagement que j’ai pris des 15000places nouvelles. »

« Une réponse populiste», soupire Bernard Bolze. Alors que la loi Béranger de 1875 garantit un encellulement individuel, lui milite pour un numerus clausus: « Si je veux faire rentrer une personne de plus, j’en fais sortir une. »

Au-delà de la punition, l’aménagement des peines, l’accompagnement des détenus est le seul à même de favoriser la réinsertion, rappelle le militant. Pourvu qu‘on y mette les moyens. « Ces populistes qui disent qu’il faut exécuter les peines jusqu’au bout fabriquent de la récidive, assène-t-il. Ils fabriquent des victimes. » Et le narcotrafic, toujours, prospère.

Yves Souben

« Dans ces conditions, c’est factuel, on ne réinsère plus »

Le procureur Nicolas Bessone

La Marseillaise - le 17 mars 2025

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