Pas de blessés suite à la prise d’otages dans la maison centrale

Le détenu, qui retenait quatre membres du personnel médical  de la prison ainsi qu’un surveillant depuis 10h45, a fini par se rendre sans faire  de blessés après cinq heures de négociations. Il exprimait le souhait de changer d’établissement.


• Alice Magar

Après cinq heures en apnée, les personnels de la maison centrale d’Arles respirent enfin. Le détenu qui avait pris en otage un médecin, trois infirmières ainsi qu’un surveillant pénitentiaire ce vendredi 3 janvier à 10h45 a fini par se rendre en milieu d’après-midi sans faire de blessés.

Âgé de 37 ans, le prisonnier né en Guyana purgeait une peine de réclusion criminelle de 18 ans suite à une condamnation en appel et a profité d’une visite médicale pour séquestrer les cinq membres du personnel sous la menace d’une arme qu’il s’était confectionnée lui-même avec « des pics en métal », précise le préfet de police des Bouches-du-Rhône Pierre-Édouard Colliex.

« Nous avions mobilisé assez largement les secours, les effectifs spécialisés de la police avec le Raid et de l’administration pénitentiaire [en faisant appel à une équipe régionale d’intervention et de sécurité, Ndlr], poursuit-il. Notre priorité était la sécurité des otages, nous avons privilégié la négociation. Dans un premier temps, l’individu a permis de libérer la médecin, une jeune mère de famille. Les choses se sont bien terminées. Une issue a été trouvée sans usage de la force et l’individu a été interpellé et remis aux services de police.»

Les syndicats inquiets concernant la sécurité

La suite des opérations se déroule désormais sous l’autorité du procureur de la République de Tarascon Laurent Gumbau. « À ce stade, ce détenu semblait manifester un mobile de changement d’établissement mais nous allons devoir l’établir de manière plus précise lors des 48heures de garde à vue qui vont suivre, détaille l’intéressé. J’ai confié l’enquête à la brigade de répression du banditisme du service interdépartemental de police judiciaire de Marseille. À l’issue de cette garde à vue il sera déféré à mon parquet et je déciderai des suites pénales.»

Au-delà des motivations du détenu, les services de police devront établir son parcours pénal, « l’environnement carcéral de ces derniers jours » afin de déterminer précisément la façon dont il s’est doté d’une arme blanche ainsi que son profil psychiatrique à l’aide d’une expertise. « À ce stade, mais cela devra être confirmé, nous n’avons pas de constat de psychose, assure Laurent Gumbau. Par contre, c’est un individu qui fait l’objet d’un suivi et d’un accompagnement médical dans le cadre de différents troubles qui peuvent survenir dans le cadre des peines longues.»

Les syndicats, eux, assurent le contraire.«La maison centrale d’Arles est devenue une maison psychiatrique, assène Eddino Wojak, secrétaire FO Justice de l’établissement. On n’est pas formés pour ça, nous, les personnels pénitentiaires. »

Quel que soit le profil psychologique du détenu, la situation actuelle inquiète Force ouvrière, qui s’alarmait dans un communiqué datant du 30 octobre dernier de « la sécurité des agents, la prise en charge des détenus, et l’efficacité des dispositifs en place ». Le syndicat soulignait notamment que le site opérait « avec un déficit de 6 agents », ce qui compromettait « le taux de couverture nécessaire pour assurer la sécurité de tous ».

Bruno Ferrier, ancien surveillant de la maison centrale d’Arles désormais dans les rangs de l’encadrement et ancien délégué syndical CGT, confirme : « Ça fait 25 ans que je suis dans le métier et ça ne va pas en s’arrangeant. On fait pour le mieux, mais on n’est jamais à l’abri. Il y a un mois de ça, un collègue surveillant a pris un pot de confiture dans le visage. Il a fini avec vingt points de sutures. La violence elle est au quotidien. On manque du personnel, mais c’est pareil dans toutes les prisons.»

Eddino Wojak abonde : « En août 2020 on a déjà eu un cas de prise d’otage. Ce n’est pas la faute des surveillants, il faut que les politiques prennent leurs responsabilités.»

Alice Magar

Ni l’équipement adéquat, ni le personnel formé »

• Propos recueillis par A.M.

Une expertise sera menée pendant la garde à vue du preneur d’otages afin de déterminer son profil psychiatrique. Jessy Zagari, secrétaire syndical Force ouvrière Justice Paca, revient sur la difficile gestion de ces profils dans les établissements pénitentiaires.

La Marseillaise :En 2022, 4910 actes de violences physiques sur agents ont été recensés par le ministère de la Justice. Comment expliquez-vous ce chiffre ?

Jessy Zagari : Les détenus sont de plus en plus violents, nous connaissons une forte hausse du nombre d’agressions des personnels, que ce soit les surveillants ou le personnel de santé, qui n’est pas à l’abri.

Il faut savoir que les unités sanitaires en milieu pénitentiaire sont gérées par les hôpitaux, il n’y a donc aucune surveillance à l’intérieur, les agents sont là pour accompagner les détenus, que les soignants voient comme des patients, et garder l’entrée et la sortie.

Pour en revenir au phénomène de violence, il est dû à la surpopulation carcérale et au grand nombre de profils psychiatriques qui peuplent les établissements.

À quelles difficultés êtes-vous confrontés face à ces profils psychiatriques et quelles sont vos revendications à ce sujet ?

J.Z. : Nous demandons au ministre de la Justice Gérald Darmanin de mettre en place une mesure pour que les détenus qui ont des problèmes d’ordre psychiatrique soient placés dans des établissements psychiatriques et pas dans des établissements pénitentiaires, qui ne peuvent pas les accueillir. Les surveillants ne sont pas formés pour gérer ces profils. Nous n’avons ni l’équipement adéquat, comme des cellules de confinement, ni le personnel médical formé ni le nombre d’agents nécessaire.

Existe-t-il d’ores et déjà des structures capables d’accueillir correctement ces profils psychiatriques ?

J.Z. : Oui, il existe déjà un établissement de ce type à Château-Thierry qui a ouvert en 1950. Mais c’est le seul dans toute la France. Il y a aussi des unités hospitalières spécialement aménagées qui accueillent ponctuellement des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques qui ont besoin d’être hospitalisées. À Marseille, elles se situent dans l’hôpital Nord mais elles sont sous-exploitées : deux ailes sur trois seulement sont ouvertes parce qu’il y a un manque de personnel médical.

Propos recueillis par A.M.

La Marseillaise, le 4 janvier 2025

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