Marseille : les jeunes détenus de la Valentine privés d’école

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Des détenus mineurs privés de cours à la prison de la Valentine, faute de surveillants. L’Observatoire international des prisons somme la direction interrégionale des services pénitentiaires de prendre des mesures. La CGT monte au créneau.


• Mireille Roubaud

À la prison pour mineurs de Marseille, le droit à l’éducation est gravement menacé. » Cinglant, le communiqué publié ce mardi 1er avril par l’Observatoire international des prisons (OIP) n’a rien de drôle. Où l’on apprend que les 54 jeunes détenus de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de la Valentine (11e) n’ont pas pu sortir de leurs cellules à plusieurs reprises au mois de mars, faute de surveillants pour les mener en cours, aux activités sportives ou culturelles. Déjà, lors d’une visite inopinée le 7 mars à laquelle LaMarseillaise avait pu participer, le député (L’Après) Hendrik Davi avait posé la question des moyens, les ados rencontrés ce jour-là évoquant l’impossibilité d’aller « à l’école », un moment qu’ils estimaient comme crucial pour « passer le temps », mais surtout s’imaginer « un métier». La directrice de l’établissement, Marjorie Mouren, avait reconnu faire face à des difficultés, entre arrêts maladies et manque de postes pourvus, 23 des 54 personnels étant présents ce jour-là.

Mais la situation perdure alerte l’OIP, rappelant que les EPM ont été créés pour « pallier les dysfonctionnements des quartiers mineurs des prisons en donnant la priorité à l’éducatif », d’où le travail mené quotidiennement avec l’Éducation nationale et la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).

Une situation très dégradée

« Lors de la visite du député Jean-François Coulomme [élu LFI en Savoie, Ndlr] à l’EPM, le 14mars, trois surveillants seulement étaient présents (...)» poursuit l’OIP. Pire, « le dimanche 23mars avec un seul agent sur place, ce sont les Équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris), dédiées en principe à la gestion sécuritaire des situations de tensions, qui ont assuré la garde de l’établissement ».

Pour Mattias Perrin, secrétaire régional SNPES-PJJ-FSU et assistant social dans les quartiers Nord, si le nombre d’arrêts maladie, tant à l’administration pénitentiaire que dans les services éducatifs, fait partie des difficultés quotidiennes, « c’est quelque chose de rarement vécu à ce niveau-là ». Avec, pour les jeunes mineurs « enfermés 23heures sur 24» selon ses collègues de l’EPM, « et particulièrement vulnérables tant par la prison que leurs parcours chaotiques,des conséquences dramatiques », s’inquiète-t-il. Des carences de soins à la montée des violences et tendances suicidaires.

Des personnels usés

Tout en rappelant que le syndicat prône le suivi des jeunes en milieu ouvert, il témoigne des difficultés pour accéder aux espaces d’entretien : «La semaine dernière, une de mes collègues a dû attendre deux heures. Une autre est repartie.» La direction de la PJJ a été alertée, ainsi que la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, ajoute Mattias Perrin, qui s’est aussi mise en rapport avec la défenseure des droits.

Au sortir d’une réunion de crise ce mercredi matin avec la direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP), Paul Courtaro, secrétaire général CGT Pénitentiaire Paca Corse, confirme une situation « devenue intenable pour les agents comme pour les jeunes détenus ». Au point que « 15 renforts, dont 3 agents venus de Draguignan, ont été missionnés. Mais c’est déshabiller Pierre pour habiller Paul », dénonce-t-il, évoquant des problèmes de management et de formation. « Elle durait 3 mois et a été supprimée. Or, travailler avec des mineurs, c’est particulier, il faut aussi savoir le faire en interdisciplinaire», estime le responsable syndical. Pendant les plus de deux heures de rencontre, la CGT a notamment appelé au respect du dialogue social et à une meilleure organisation du travail, se disant plus que vigilante sur les engagements pris en ce sens par la DISP.

Contactée, cette dernière n’a pas donné suite, mais a indiqué à l’OIP la mise à disposition des 15 agents durant un mois, ajoutant que « les heures de cours seraient rattrapées d’ici la fin de l’année scolaire ». Alors que la proposition de loi de Gabriel Attal pour renforcer la justice des mineurs a été adoptée en première lecture le 26 mars au Sénat, ce (gros) pavé dans la mare ne présage rien de bon…

Mireille Roubaud

« Des jeunes enfermés 23 heures sur 24 »

Mattias Perrin, secrétaire régional SNPES-PJJ-FSU et assistant social dans les quartiers Nord

La Marseillaise - le 3 avril 2025

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