Quelle sécurité pour les prisons des narcotrafiquants ?

Les centres de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et de Condé-sur-Sarthe (Orne) ont été choisis pour accueillir les détenus les plus surveillés. Voici comment ils fonctionnent.

• Salomé Vincendon

Elles recevront, d’ici octobre, les narcotrafiquants les plus dangereux : la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et celle de Condé-sur-Sarthe (Orne) ont été désignées par le ministre de la Justice Gérald Darmanin jeudi pour accueillir les 200 narcotrafiquants incarcérés les plus dangereux. Les détenus qui y sont actuellement vont être transférés et la sécurité de ces établissements va être augmentée, alors qu’il s’agit déjà des deux prisons les plus sécurisées de France.

Murs de 10 mètres de haut et miradors

« Ce sont deux établissements jumeaux qui ont été choisis, qui se ressemblent beaucoup », explique Kévin, secrétaire local de la branche pénitentiaire Force Ouvrière à la prison de Condé-sur-Sarthe. Le centre pénitentiaire de l’Orne a été mis en service en 2012, celui de Vendin-le-Vieil plus récemment, en 2015. « Ce sont des structures déjà destinées à recevoir les profils les plus dangereux, du serial killer au terroriste en passant par des membres du crime organisé », confirme Wilfried Fonck, secrétaire national Ufap Unsa Justice. Elles sont donc particulièrement bien équipées.

Certains protocoles sécuritaires prévus à l’intérieur de ces établissements ne peuvent pas être révélés. « Mais ce n’est pas secret, il y a des murs d’enceinte beaucoup plus hauts qu’ailleurs, 10 mètres de haut, et on a quatre miradors pour une moyenne de deux sur les autres prisons », précise Damien Rameau, secrétaire national du syndicat Snepap-FSU, surveillant pénitentiaire à Condé-sur-Sarthe.

À l’intérieur, la circulation est davantage contrôlée, avec « plus de sas à passer », ajoute-t-il. Pour limiter les possibilités de contacts, des brouilleurs contre les drones et les téléphones portables sont en place, ainsi que des filins anti-hélicoptère, afin d’éviter toute incursion par les airs. « Ces mesures ne sont pas spécifiques à Vendin et Condé », précise le surveillant, mais niveau technologie, ces deux établissements restent en avance car « on a été beaucoup en test sur cet aspect-là, on a essayé des choses avant tout le monde ». La prison de Vendin-le-Vieil est par exemple dotée d’une barrière infrarouge pour détecter toute tentative d’intrusion. Cela limite aussi les lancers de colis depuis l’extérieur.

« Chaque bâtiment est hermétique »

La vraie spécificité de ces deux prisons réside dans son organisation interne. À Condé-sur-Sarthe, la maison centrale est divisée en trois unités. « Chaque bâtiment est hermétique, explique Kévin. La personne détenue sur le numéro 1 ne pourra pas aller sur le 2 ou sur le 3 ». Cela permet d’éviter le trafic entre les prisonniers mais aussi de limiter les bagarres. La même organisation est en place à Vendin-le-Vieil. Les zones d’incarcération étant subdivisées, les gardiens ne doivent s’occuper que de petits groupes à la fois, ce qui facilite leur surveillance, mais « va aussi permettre de renforcer la sécurité des personnels », note Wilfried Fonck. « Et ce n’est pas comme une maison d’arrêt, les détenus sortent de cellule un par un », ajoute Kévin.

Les promenades et coursives sont moins grandes qu’ailleurs. L’idée est de privilégier plusieurs petits espaces plutôt qu’un seul plus important, afin de limiter le nombre de personnes pouvant circuler en même temps, toujours pour éviter au maximum que des détenus se croisent.

Pas de risque zéro

Gérald Darmanin a annoncé vouloir encore augmenter le niveau de sécurité de ces prisons. Des possibilités de limiter davantage les interactions avec l’extérieur, avec des fouilles plus poussées et des séparations totales entre détenus et visiteurs, ont été évoquées. Mais aucun détail n’a pour l’heure été communiqué. Malgré les nombreuses mesures déjà en place, ces établissements ont déjà été confrontés à des drames. En mars 2019, deux personnels pénitentiaires avaient été grièvement blessés à Condé-sur-Sarthe par un détenu et sa compagne, tuée dans l’assaut. Et à Vendin-le-Vieil, en 2018, le djihadiste allemand Christian Ganczarski avait attaqué quatre surveillants avec un couteau de cantine et des ciseaux.

Aujourd’hui en France - le 8 mars 2025

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