Les "fils de bonne famille" livraient de la drogue par drone aux détenus de la prison de Luynes

Quatre hommes de 22 à 28 ans ont été interpellés dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 mars 2025 aux abords du centre de détention de Luynes, alors qu’ils livraient des stupéfiants par voie aérienne. Ils étaient jugés en comparution immédiate par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence et on écopé de six mois de prison avec mandat de dépôt.


Par Enora SEGUILLON

Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 mars 2025 le centre pénitentiaire de Luynes alerte les services de police concernant un vol de drone en cours. Quatre hommes sont alors retrouvés dans un champ à proximité de la prison avec 400 grammes de cannabis. D’après les investigations, ils auraient eu le temps de faire six largages par drone dans la prison avant d’être interpellés. "C’est grave car on a des armes qui entrent en détention de cette façon, et on a connu des homicides car ce type de personnes permet de court-circuiter les contrôles à l’entrée", lance le procureur.

Les quatre prévenus, originaires de la région stéphanoise sont âgés de 22 à 28 ans. Ils vont justifier leur geste en expliquant que l’un d’entre eux, Mohamed M., le frère d’un footballeur de l’AS Saint-Étienne, était menacé depuis quelque temps. "Je suis issu d’une bonne famille, j’ai toujours eu une bonne éducation, je n’ai pas de mauvaises fréquentations… J’ai été au mauvais endroit au mauvais moment. On m’a fait du chantage en menaçant mon frère et ma mère qui est Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation, NDLR)". "Donc une personne du ministère de la Justice est menacée et vous n’allez pas voir la police ? Vous vous dites'je vais monter une équipe de quatre et on descend à Marseille ?'", interroge la présidente du tribunal.

"Des menaces dignes de Netflix"

Le prévenu, qui est footballeur semi-professionnel, explique que les menaces se sont ensuite aggravées : "Ils sont venus physiquement à l’un de mes matchs de foot dans la Nièvre pour me contraindre à le faire." Mohamed M. demande alors de l’aide à son ami Djibril A. "Je la lui ai apportée quand j’ai vu les menaces." Il propose alors à deux de ses cousins, Amine H. et Tarik S., de les accompagner moyennant rémunération. Ils sont les seuls dont le casier judiciaire comporte des mentions, le premier pour des violences conjugales, et le second pour des délits routiers. "Donc il y a des menaces dignes de Netflix et vous y allez ? Ce n’est pas de l’aide mais de la délinquance !", estime la présidente. Deux jours avant leur interpellation, la petite équipe emprunte une voiture et prend la route depuis Saint-Etienne direction Marseille. "Ce n’est pas la première fois qu’on a des bandes qui viennent de la vallée du Rhône. Il y en a de plus en plus qui viennent à Marseille. À chaque fois c’est sur le réseau social Snapchat, à chaque fois ils sont quatre et ils récupèrent un drone à Marseille. Il y a une filière stéphanoise ou quoi ?", interroge le juge assesseur. Les quatre Stéphanois ont rendez-vous à l’hôtel Ibis Budget du 16e arrondissement de Marseille où ils récupèrent la "marchandise". Après un bref "cours de drone sur le parking", explique Mohamed M., ils se rendent aux abords de la prison de Luynes pour livrer les stupéfiants, avant d’être arrêtés. Le procureur ne croit pas au mobile donné par les prévenus. "La version de la menace n’existe pas, elle est une chimère car elle n’est pas démontrée. Est-ce que vous avez un début de preuve ? La réponse est non. Le mobile peut être celui de l’argent pour un billet de plus."

Dans son plaidoyer, l’une des avocates de la défense regrette que le jugement se fasse en comparution immédiate. "Pourquoi pas une vraie enquête ? On n’a pas essayé de retrouver le téléphone de Mohamed M. qui est dans un champ près de Luynes, tombé lors de son interpellation. Monsieur le procureur, vous n’avez pas voulu diligenter d’enquête et vous dites que ces menaces sont une chimère. Ces menaces sont réelles et sérieuses au regard des finances de la famille." Les quatre prévenus sont condamnés à six mois de prison avec mandat de dépôt. Le sursis simple de Tarik S., l’un des cousins, est révoqué à hauteur de deux mois, il purgera ainsi huit mois de prison.

La Provence - le 25 mars 2025

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