Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé la création de deux prisons de haute sécurité pour regrouper les narcotrafiquants les plus influents de France. Ces établissements, situés à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et Condé-sur-Sarthe (Orne), accueilleront 200 détenus d'ici octobre 2025.
Choix des Établissements
- Vendin-le-Vieil et Condé-sur-Sarthe ont été choisis pour leur sécurité avancée et leur capacité à être rapidement adaptés pour accueillir ces détenus.
- Critères de Sélection Ces prisons sont déjà équipées de technologies de sécurité avancées comme des scanners à ondes millimétriques, des brouilleurs de téléphones, et des dispositifs anti-drones.
Objectifs et Mesures
- Isolement Maximal Les détenus seront soumis à un régime carcéral strict avec des restrictions sur les communications et les contacts avec l'extérieur.
- Formation et Recrutement Les agents pénitentiaires recevront une formation spécifique, et des recrutements supplémentaires seront effectués.
- Aménagements Des travaux technologiques seront réalisés pour renforcer la sécurité, et des équipements comme des hygiaphones seront installés pour éviter les contacts physiques.
Calendrier
- Juillet 2025 Vendin-le-Vieil accueillera les premiers détenus.
- Octobre 2025 Condé-sur-Sarthe suivra avec une seconde vague de détenus.
- D'ici 2027 Quatre à cinq autres établissements pourraient être aménagés pour accueillir jusqu'à 500 détenus supplémentaires.
Critiques et Controverses
- Observatoire International des Prisons L'organisation critique les mesures, les jugeant attentatoires aux droits humains et libertés fondamentales.
- Syndicats Les syndicats déplorent l'absence de consultation préalable et les défis logistiques liés aux extractions judiciaires.
Justification
Le ministre justifie ces mesures par la nécessité de lutter contre le trafic de drogue et de prévenir la gestion des affaires criminelles depuis les prisons, en référence à des incidents comme l'évasion de Mohamed Amra.
Impact sur le Système Pénitentiaire
- Surpopulation Carcérale La surpopulation carcérale et le manque d'effectifs compliquent les extractions judiciaires, nécessitant des ajustements logistiques importants.
- Renforcement des Équipes Des compagnies d'intervention d'élite (ERIS) seront présentes dans ces établissements pour gérer les incidents graves.
Ces articles soulignent les efforts du gouvernement pour renforcer la sécurité carcérale face aux défis posés par les narcotrafiquants, tout en mettant en lumière les tensions et les défis logistiques associés à ces mesures.
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200 narcotrafiquants seront regroupés à Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil
Le ministre de la Justice a annoncé ce jeudi soir que ces deux prisons ont été choisies.
200 narcotrafiquants seront regroupés à Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil, annonce du garde des Sceaux sur France 2 @le_Parisien pic.twitter.com/UsxscKNlMI
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 7, 2025
• Nicolas Jacquard
Elles sont les deux prisons les plus sécurisées de France, accueillant déjà les détenus aux plus gros « profils », parmi lesquels Rédoine Faïd ou Salah Abdeslam. C’est donc assez logiquement que Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, a annoncé ce jeudi soir sur France 2 que Condé-sur-Sarthe (Orne) et Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) étaient désignées pour regrouper à court terme les narcotrafiquants les plus influents de France, ainsi qu’il s’y était engagé en début d’année.
« J’ai décidé de taper fort, parce qu’il faut que nous montrions la fermeté de l’État », a indiqué le ministre, en référence notamment à l’évasion de Mohamed Amra en mai dernier, dont la capacité de nuisance avait été clairement sous-estimée par l’administration pénitentiaire et la justice. C’est justement à Condé-sur-Sarthe qu’Amra a été réincarcéré la semaine dernière, après avoir été arrêté en Roumanie.
Une première vague de transferts en juillet
D’abord, une première centaine de détenus feront l’objet d’un « crible » de la part des différentes administrations, criblage qui ne sera plus cette fois du seul ressort de l’administration pénitentiaire. « Ce sont les services de police et de justice qui vont me désigner les personnes les plus dangereuses, a détaillé Gérald Darmanin. Je prendrai un arrêté pour chacune de ces personnes. » Nouveauté de taille : là où les centres pénitentiaires étaient réservés aux condamnés, ils pourront cette fois héberger des prévenus attendant leur jugement.
Dans tous les cas seront prises en compte leurs « capacités à corrompre, à tenir une communication avec l’extérieur, à tenir un point de deal, à toucher de l’argent de l’étranger », selon les mots du ministre, mais aussi à menacer « magistrats, policiers, journalistes ou avocats ». Les cent premiers ainsi désignés intégreront donc Vendin-le-Vieil d’ici au 31 juillet. Une seconde vague d’une centaine de personnes suivra à Condé-sur-Sarthe pour le 15 octobre.
« Structurellement, la conception de ces deux prisons jumelles, chacune équipée de quatre miradors, les rend efficaces », détaillait la semaine dernière pour notre journal David Rameau, secrétaire national du syndicat Snepap-FSU, responsable d’une « coursive » à Condé. Parmi leurs nombreux avantages sécuritaires, l’une comme l’autre disposent déjà de dispositifs spécifiques, dont des scanners à ondes millimétriques, mais aussi des brouilleurs pour les téléphones portables. Autant de matériels qui permettent une meilleure étanchéité vis-à-vis du monde extérieur.
Régime carcéral spécifique
Au-delà de ces points précis, Gérald Darmanin entend adapter aux narcotrafiquants un régime carcéral spécifique. Ainsi, ils ne pourront pas, par exemple, disposer des unités de vie familiale (UVF) dont sont dotées les deux prisons. De la même manière, il sera impossible pour les détenus de se faire remettre des téléphones grâce aux parloirs, les lieux étant équipés de vitres séparant détenus et visiteurs.
Le risque de corruption étant réel, les surveillants sont déjà en binôme dans ces étages pour empêcher toute pression. Afin que celle-ci ne s’exerce pas à l’extérieur, voire sur les familles, Gérald Darmanin veut aussi qu’ils soient anonymisés, et que leur nom, par exemple, ne figure pas sur les rapports administratifs et dans les communications internes.
Si ces deux établissements ne sont pas en surcapacité, comme peuvent l’être beaucoup d’autres, il conviendra toutefois au préalable, afin de faire de la place pour les narcotrafiquants, de transférer un certain nombre de détenus vers d’autres prisons françaises, par exemple Saint-Maur (Indre) ou Arles (Bouches-du-Rhône).
À Condé comme à Vendin, où une aile entière sera dédiée aux « narcos », leur présence n’empêchera pas que les autres cellules restent occupées par les profils de droit commun mais aussi par les détenus les plus radicalisés, chacune de ces prisons disposant d’un secteur dédié à ces derniers.
Huit à dix millions d’euros seront débloqués pour aménager les deux prisons et parvenir à mettre rapidement en place le régime sécuritaire que le ministre appelle de ses vœux. Un régime qu’il assume avoir en partie calqué sur le modèle italien et ses établissements réservés aux détenus mafieux. Il permet aussi, indirectement, de rassurer des repentis potentiels.
Aujourd’hui en France - le 7 mars 2025
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La maison d'arrêt d'Arles ne sera pas la "narcoprison"
Deux prisons de haute sécurité ont été choisies pour accueillir les narcotrafiquants les plus dangereux, dans le Pas-de-Calais et l’Orne.
La maison d'arrêt d'Arles ne sera pas la « narcoprison" pour accueillir d'ici à la fin juillet les narcotrafiquants les plus dangereux, dans un nouveau régime carcéral d'isolement extrêmement strict. @laprovence pic.twitter.com/M0YzhQ9Edb
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 7, 2025
• La Provence
L a maison centrale d'Arles n'a pas été choisie pour accueillir d'ici à la fin juillet les narcotrafiquants les plus dangereux, dans un nouveau régime carcéral d'isolement extrêmement strict. Et il y aura finalement deux " narcoprisons" , comme l'a annoncé Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, hier soir au journal de 20h de France 2. "Nous aurons deux établissements de haute sécurité cette année. Le premier, le 31 juillet prochain, sera en fonction à Vendin-le-Vieil dans le Pasde-Calais et le deuxième, pour le 15 octobre prochain, sera à Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne", a déclaré le garde des Sceaux sur France 2. "Ça fait 200 narcotrafiquants qui, d'ici le 15 octobre, seront totalement à l'isolement du reste de la société", a-t-il ajouté. Soit le double de ce qui avait été communiqué ces dernières semaines.
"Rendre tout à fait hermétiques les deux établissements"
Gérald Darmanin a officialisé le choix, alors que quatre établissements pénitentiaires étaient en balance : Vendin-le-Vieil, la maison centrale de Saint-Maur (Indre), le centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe (Sarthe) et la maison centrale d'Arles. Le ministre de la Justice s'est rendu dans ces quatre établissements et avait visité Arles en deuxième position. Lors de sa venue dans les Bouchesdu-Rhône le 14 février (il était ensuite à Aix-en-Provence le lendemain), le ministre de la Justice avait déclaré au terme d'une visite de deux heures : "Je ne passe pas la Saint-Valentin dans une prison que je ne pense pas importante pour la République." Ces deux prisons choisies, toutes les deux récentes, sont déjà les deux établissements les plus sécurisés de France. Mais le ministre a souligné qu'il fallait "rendre tout à fait hermétiques les deux établissements, renforcer les moyens, y mettre un certain nombre de personnels supplémentaires".
"À partir du mois d'avril, pour la prison du Pas-de-Calais, on sortira les détenus qui ne sont pas concernés", a-t-il encore indiqué. "On fera pendant deux mois des formations pour les agents, une sécurité totale et les travaux. Et à partir du mois de mai-juin, les nouveaux détenus rentreront."
"C'est une révolution pour les prisons françaises, pour l'administration française, on n'a jamais fait ça", s'est-il félicité, assurant qu'il ne fallait "plus jamais une affaire Amra".
Le narcotrafiquant Mohamed Amra, qui était l'homme le plus recherché de France et a été arrêté en Roumanie, a été incarcéré dans le centre déjà ultra-sécurisé de Condé-sur-Sarthe après sa remise à la France.
Incarcération "de façon définitive"
Son cas, après son évasion sanglante qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires en mai 2024, a plusieurs fois été invoqué par Gérald Darmanin pour justifier la création de nouvelles prisons destinées aux trafiquants de stupéfiants, dont le régime carcéral d'isolement est inspiré de la lutte anti-mafia en Italie. Ce "régime de détention très strict" a fait l'objet d'un amendement à la proposition de loi sur la lutte contre le narcotrafic, qui a été adopté mercredi par la commission des lois de l'Assemblée nationale.
Lors de sa dernière visite le vendredi 28 février à Saint-Maur, Gérald Darmanin a présenté un calendrier prévisionnel d'ici à son ouverture prévue le 31 juillet : "Un mois, un mois et demi de travaux, notamment de travaux technologiques pour ne pas qu'on communique vers l'extérieur." L'arrivée des prisonniers est prévue "entre mai et juin", pour une incarcération "de façon définitive" des "100 premiers narcotrafiquants" au 31 juillet.
La Provence - le 7 mars 2025
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SOCIÉTÉ
Cellules surpeuplées, manque d’effectifs… Escorter les détenus vire au casse-tête
Sur la corde raide. Pendant que Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, peaufine son plan « narco prison », sur le terrain, magistrats et administration pénitentiaire sont confrontés à l’un des plus gros casse-tête de la chaîne pénale : les extractions judiciaires.
Cellules surpeuplées, manque d’effectifs… Escorter les détenus vire au casse-tête
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 7, 2025
Magistrats et administration pénitentiaire sont confrontés à l’un des plus gros casse-tête de la chaîne pénale : les extractions judiciaires. @Le_Figaro pic.twitter.com/Ya9Em5LRBE
• Paule Gonzalès
Marie-Suzanne Le Quéau, procureur générale de Paris, les suit comme le lait sur le feu pour éviter que le système ne déraille. Escorter les détenus hors les murs des prisons est devenu un véritable tour de force au quotidien, particulièrement en Île-de-France. La crainte, celle que « les impossibilités de faire » de l’administration pénitentiaire dans les délais imposés n’aboutissent à des libérations intempestives de dangereux délinquants. « Entre nos deux ressorts, Paris et Versailles, sont extraits des établissements pénitentiaires entre 150 et 200 détenus quotidiennement », rappelle la procureur. En 2024, les six grands procès qui ont mobilisé la juridiction parisienne (assassinat de Samuel Paty et attentats de Nice notamment) ont mobilisé 402 jours d’extraction. Un record.
« Les extractions augmentent forcément en proportion de l’évolution de la surpopulation carcérale », souligne Marie-Suzanne Le Quéau. Une surpopulation qui continue de battre des records avec plus de 82 000 détenus recensés en février 2025, pour 62 000 places de prison opérationnelles. « Nous sommes en moyenne, dans les établissements pénitentiaires parisiens, à 148 % de taux d’occupation », rappelle la magistrate. « Cela représente 11 720 détenus dont une majorité de prévenus qui ont donc besoin de voir leur juge. Évidemment les moyens dévolus à l’administration pénitentiaire n’ont pas augmenté dans les mêmes proportions que les détenus. » À la cour d’appel d’Aix-en-Provence, le procureur général Franck Rastoul rappelle que « sur le seul ressort de Marseille, on compte 830 détenus en lien avec la délinquance organisée contre 700 il y a encore quelques mois. Une montée en gamme de la délinquance qui concerne aussi Nice, Toulon ou Draguignan. »
L’attaque du fourgon pénitentiaire qui a coûté la vie à deux agents, en mai 2024 à Incarville, a conduit à un protocole signé avec les syndicats de surveillants permettant de renforcer les escortes. « Nous sommes ainsi passés de 200 à 500 détenus nécessitant des escortes renforcées. Les profils sont ceux du terrorisme et de la criminalité organisée », détaille Marie-Suzanne Le Quéau.
« Il est impératif d’activer un comité de pilotage afin de bien identifier les profils les plus dangereux qui exigent le niveau d’escorte le plus fort. Une circulaire sur le renforcement de la coordination judiciaire en matière de criminalité organisée vient justement d’être diffusée pour éviter que se reproduise l’affaire Amra », souligne de son côté Marc Cimamonti, procureur général de Versailles. Très concerné lui aussi par la tension qui augmente en matière d’extractions judiciaires, il estime par ailleurs « que la rigidité des règles sur l’usage de la visioconférence est très handicapante. Pouvoir y recourir davantage permettrait de desserrer l’étau ». La loi sur le narcotrafic devrait assouplir le recours à ce dispositif. Pour autant, précise Marie-Suzanne Le Quéau, « nous en avons augmenté l’usage de 30 % et nous sommes toujours sur le fil du rasoir ». À Aix-en-Provence, Franck Rastoul annonce pour « les quatre derniers mois, une augmentation de 40 %. Soit une centaine de visioconférences par mois ».
En 2024, les ressorts de Paris et Versailles, qui concentrent la délinquance la plus grave, ont comptabilisé 44 866 demandes d’extraction dont 34 916 ont été réalisées. 6 980 ont été annulées tandis que 2 970 ont fait l’objet d’une « impossibilité de faire » de la part de l’administration pénitentiaire.
En tout donc, un peu plus d’un cinquième (22 %) des demandes n’ont pas été honorées. « Le principe de l’exécution immédiate d’une réquisition judiciaire semble être devenu facultatif », déplore Marc Cimamonti. À Paris comme à Versailles, ces difficultés de l’administration pénitentiaire à remplir cette mission, faute d’effectifs suffisants, ont obligé les parquets à créer des permanences qui gèrent les priorités en temps réel. Un casse-tête qui occupe quotidiennement magistrats et greffiers.
Au quotidien, ces derniers négocient et arbitrent les extractions qui font l’objet « d’enjeux procéduraux majeurs », sous peine de libération intempestive, car il s’agit de juger dans les délais, et les comparutions de détenus qui contestent leur détention provisoire. Tout le reste, interrogatoires, auditions, confrontations devant le juge d’instruction, fait l’objet de reports. « On fait avec les moyens du bord et, bien sûr, cela désorganise tous les cabinets d’instruction », regrette Marc Cimamonti. À Aix-en-Provence, le parquet général a négocié que « toutes les extractions pour prolonger les détentions provisoires soient assurées, d’une manière ou d’une autre. Mais cela fait de l’instruction la variable d’ajustement. Ce n’est pas supportable… ». P. G.
Le Figaro - le 7 mars 2025
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Deux prisons haute sécurité pour les 200 « plus gros narcotrafiquants »
Les établissements de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, et Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne, ont été choisis pour les regrouper.
Deux prisons haute sécurité pour les 200 « plus gros narcotrafiquants »: celle de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, et celle de Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne, ont été choisies pour les regrouper. @Le_Figaro pic.twitter.com/3wusb9O9dy
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 7, 2025
• Paule Gonzalès
Une révolution carcérale », historique et « globale ». Voilà ce que Gérald Darmanin a annoncé, jeudi soir, au « 20 Heures » de France 2. Entre la fin du mois de juillet et le 15 octobre, 200 des 700 narcotrafiquants les plus dangereux de France seront incarcérés dans les deux maisons centrales les plus sécurisées du territoire.
À commencer par celle de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais. Puis, à l’automne, ce sera au tour de Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne, d’accueillir le « nec plus ultra » du crime organisé qui sera soumis à un régime carcéral particulièrement contraint. Sont prévus un endiguement physique particulièrement sévère et la généralisation de la visioconférence pour voir leur juge et éviter une nouvelle tragédie comme celle du péage d’Incarville, lors de l’évasion de Mohamed Amra en mai dernier. D’ici à 2027, quatre ou cinq autres établissements devraient être mis à niveau pour accueillir 500 autres détenus dangereux.
Fin mars-début avril, à quelques exceptions près, ces deux établissements seront vidés de leurs 350 détenus qui seront alors répartis vers d’autres établissements pour peine. Quatre mois seront nécessaires pour effectuer les aménagements. Vendin-le-Vieil est l’établissement le plus facile à adapter. Son niveau de sécurité actuel n’entraînera pas de travaux pharaoniques et les ajustements entreront dans l’enveloppe de quatre millions d’euros promise par le garde des Sceaux.
Un héliport à proximité
Pour les spécialistes de la pénitentiaire, « il s’agit de simplement renforcer la sécurité périmétrique et celle du parking de l’établissement et de fixer des caillebotis aux fenêtres ». Mais aussi, pour Vendin-le-Vieil comme pour Condé-sur-Sarthe, d’équiper ces établissements d’hygiaphones puisque les contacts physiques seront prohibés, l’installation de portails à ondes millimétriques plus performants encore, et des salles de visioconférence dignes de ce nom puisque sera évité au maximum le risque des extractions. Outre des niveaux de sécurité qui sont très largement supérieurs à d’autres établissements, comme ceux de Saint-Maur et surtout d’Arles, Vendin-le-Vieil et, dans une moindre mesure, Condé-sur-Sarthe ont l’avantage d’être plus proches de Paris - une heure et demie de trajet pour le premier - dont le Tribunal gère les affaires de criminalité organisée les plus graves. Il sera donc plus simple, en cas d’extrême nécessité, d’organiser des extractions, ou de faire se déplacer les juges d’instruction en charge de ces gros dossiers. Vendin-le-Vieil dispose par ailleurs d’un héliport non loin.
De plus, le ministre de la Justice a promis que plusieurs compagnies d’intervention d’élite - les ERIS, équivalent pour la pénitentiaire du GIGN - seraient à demeure dans ce type d’établissement. Cela ne se fera pas en un jour. Dans un premier temps, en cas d’incidents graves, il faudra donc faire se déplacer ces forces d’intervention. Mais, d’ici au 15 octobre prochain, la Chancellerie peut se donner les moyens de rapprocher de Condé une équipe d’ERIS et obtenir du ministère de l’Intérieur un renforcement, en périphérie, des effectifs de forces de sécurité intérieures.
Par ailleurs, même si Gérald Darmanin ne le dit pas officiellement, Vendin et Condé sont déjà des établissements profilés puisqu’ils accueillent beaucoup de détenus sensibles, qu’ils soient terroristes, comme Salah Abdeslam, ou issus du grand banditisme, comme Redouane Faïd et désormais Mohamed Amra. P. G.
Le Figaro - le 7 mars 2025
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FRANCE
Des narcotrafiquants à Condé-sur-Sarthe, mais pas tout de suite
« On est un peu surpris du choix. » La réaction est sans appel.
Deux prisons de haute sécurité dès cette année
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 7, 2025
Gérald Darmanin veut aménager deux prisons pour détenus dangereux, à Vendin-le-Vieil en juillet et Condé-sur-Sarthe en octobre. @OuestFrance pic.twitter.com/KHHlvMZb4R
- Delphine LE NORMAND
Pour Kévin (il ne souhaite plus donner son nom), secrétaire Force ouvrière (FO) au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne), le choix de Gérald Darmanin de désigner la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) pour accueillir les narcotrafiquants dès juillet est déconcertant.
« Un choix politique »
Il faut dire que beaucoup pensaient que la prison ultra-sécurisée, ouverte en 2013 près de la préfecture du département, Alençon, était la meilleure candidate pour ouvrir le bal. Le ministre de la Justice s’était déplacé le 17 février pour visiter les lieux. Et avait pu lister les nombreux atouts du site : une prison occupée à seulement 54 %, réputée pour être la plus sécurisée du pays, dotée d’une équipe locale de sécurité pénitentiaire…
« C’est un choix politique. Peut-être que le ministre souhaite privilégier sa région [les Hauts-de-France] », sourit le délégué syndical. Car sur le papier, pour FO, Condé-sur-Sarthe avait davantage d’atouts. « Le régime carcéral est plus sécuritaire ici. » La prison n’a jamais cessé d’améliorer ses équipements : filets anti-hélicoptère, brouilleurs de téléphones dernier cri, 400 caméras de surveillance, murs d’enceinte dressés en hauteur jusqu’à 12 m, portique à ondes millimétriques.
Quoi qu’il en soit, le tour de Condé-sur-Sarthe viendra. Des narcotrafiquants arriveront ici le 15 octobre. Au sein des personnels surveillants, l’annonce de Gérald Darmanin est accueillie de manière mitigée. « La moitié souhaitait que Condé soit choisie en premier, l’autre non. »
Reste à savoir ce qu’il adviendra de Mohamed Amra. Après sa cavale de neuf mois, le narcotrafiquant a été incarcéré fin février à Condé-sur-Sarthe, la prison depuis laquelle il s’était évadé. Il est, depuis, à l’isolement. L’ex-fugitif restera-t-il dans sa cellule ou sera-t-il transféré à Vendin dès que l’établissement sera prêt ? Le garde des Sceaux n’a pas répondu à cette question.
OUEST-FRANCE - le 7 mars 2025
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Deux prisons de haute sécurité dès cette année
Gérald Darmanin veut aménager deux prisons pour détenus dangereux, à Vendin-le-Vieil en juillet et Condé-sur-Sarthe en octobre. Si le test est concluant, trois autres pourraient voir le jour d’ici à 2027.
• Stéphane VERNAY
Le ministre de la Justice a « décidé de taper fort » en décidant la création non pas d’un, mais de « deux établissements de haute sécurité » dès cette année. Le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, près de Lens (Pas-de-Calais), sera le premier transformé, pour une mise en service le 31 juillet ; celui de Condé-sur-Sarthe, près d’Alençon (Orne) sera réaménagé à l’automne. « Ça fait 200 narcotrafiquants qui, d’ici au 15 octobre, seront totalement à l’isolement du reste de la société », a annoncé jeudi soir Gérald Darmanin sur France 2.
Les détenus qui se trouvent dans les deux établissements et ne sont pas considérés comme dangereux par le ministère de la Justice seront transférés vers d’autres centres pénitentiaires avant le lancement des travaux nécessaires. « On fera, pendant deux mois, des formations pour les agents, une sécurité totale et des travaux » – estimés à 4 ou 5 millions d’euros pour chacune des deux prisons – avant d’y intégrer progressivement de nouveaux détenus.
Les travaux envisagés consisteront à installer des scanners pour les contrôles, des cages de Faraday empêchant toute communication par les ondes, la pose de caillebotis aux fenêtres et de dispositifs interdisant toute livraison d’objets par drones, la création de parloirs « sans contact physique » équipés d’hygiaphones…
Les futurs détenus n’auront pas de contacts entre eux dans ces nouvelles prisons, où les promenades seront individuelles et placées sous la surveillance de deux agents pénitentiaires, les unités de vie familiale absentes, les communications téléphoniques avec l’extérieur strictement encadrées (trois fois deux heures par semaine, à partir des téléphones fixes de la prison) et les fouilles régulières.
Quatre ou cinq prisons à terme
Ce régime particulier, imaginé par Gérald Darmanin, vise à empêcher les détenus susceptibles d’organiser des opérations illégales depuis leurs cellules de continuer à le faire en toute impunité. Le garde des Sceaux estime leur nombre compris aujourd’hui « entre 600 et 1 000 » en France, qu’il s’est fixé pour objectif de séparer des autres détenus en les plaçant dans des établissements de haute sécurité. « Il nous faudrait quatre prisons de ce type à terme, et peut-être une cinquième dans un territoire d’outre-mer », calcule déjà le ministre, qui envisage le déploiement de ce dispositif « d’ici à la fin du quinquennat », en 2027.
Ces éventuelles ouvertures futures, qui pourraient se faire en aménagement des quartiers de haute sécurité séparés au sein de grandes centrales pénitentiaires, dépendront du bon fonctionnement des centres de Vendin-le-Vieil et de Condé-sur-Sarthe. « On va apprendre avec ces deux premiers établissements, nous généraliserons ensuite », précise Gérald Darmanin.
Parmi les éléments qui feront le succès – ou les limites – de ces prisons d’un nouveau type, figure la capacité de l’État à créer un environnement adapté à leur bon fonctionnement. Le recrutement de nouveaux agents, « qui feront désormais l’objet d’une habilitation spéciale et que nous anonymiserons [leurs noms n’apparaîtront plus dans les procès-verbaux] pour qu’ils ne fassent pas l’objet de pressions », en fait partie. Mais il faudra également « renforcer » les services locaux appelés à intervenir au sein des nouvelles unités de sécurité, qu’il s’agisse de médecins ou de policiers et gendarmes chargés des transferts de détenus.
OUEST-FRANCE - le 7 mars 2025