Les agents du centre pénitentiaire se sont mobilisés pour un renforcement en personnels après des mois de signalements « sans réponse. » Une réunion entre direction et syndicats a permis de trouver des solutions de court terme et de lever la mobilisation.
Au centre pénitentiaire de Luynes, les agents exigent des solutions, ils se sont mobilisés pour un renforcement en personnels après des mois de signalements « sans réponse. » @lamarsweb pic.twitter.com/Iewcyfct5T
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 6, 2025
Soixante-sept agents du centre de pénitentiaire ont refusé à l’unanimité de récupérer les clefs des étages auxquels ils sont affectés, bloquant ainsi la détention mardi matin. Ce signe « fort» de protestation, spontanément mis en place à l’heure des prises de service, est la conséquence de longues semaines de tensions pour le personnel pénitentiaire, qui conteste le manque « criant » d’agents et revendique le droit à des conditions de travail dignes. Un service minimum a néanmoins été maintenu pour les détenus. «Refuser de récupérer leurs clefs est la seule façon pour les agents de se faire entendre, résume Mme Cordier, capitaine pénitentiaire sur le centre de Luynes et représentante locale et nationale Ufap-Unsa justice.ça fait des mois qu’on signale le manque de personnels, qu’on a alerté la direction de l’établissement, la direction interrégionale. Sans réponse. Aujourd’hui, on demande plus de personnels, mais aussi de la considération du travail de nos agents.»
Surpopulation et insécurité
Une revendication d’autant plus urgente dans le contexte de surpopulation carcérale croissante. Ce mardi, les syndicats chiffrent le nombre de détenus à 1981 sur le site de Luynes qui compte 1 300 places. Conséquence : les conditions de travail sont éreintantes et les heures de travail doublées. L’un des agents affecté au parloir estime ses heures supplémentaires à une trentaine par semaine. «Régulièrement, le personnel est rappelé de congés pour pallier les carences. Il y a un épuisement général, insiste Mme Cordier. Ce n’est pas un travail lambda que l’on fait. On est quotidiennement face à de la violence. Ce qui se passe à l’extérieur en termes de narcotrafic se répercute à l’intérieur. On est à deux homicides en détention en moins de deux ans sur Luynes», rappelle-t-elle. Dernièrement, c’est l’agression mortelle d’un jeune détenu de 19 ans pendant une promenade qui a mis en alerte les syndicats et le personnel, inquiets pour la sécurité des agents. Mardi, dans l’urgence, une réunion improvisée entre la direction et les syndicats a permis de trouver des points d’accord et de lever la mobilisation. Un «travail de fond» sur l’actuel fonctionnement en «mode dégradé» sera mis en place dans les jours à venir et 44 agents stagiaires en affectation viendront soulager le personnel pour l’été. «C’est une première solution, mais ce n’est pas suffisant, maintient le syndicat Ufap-Unsa. On attend des solutions concrètes sur le long terme.» Une mobilisation pourrait ainsi être reconduite si «l’absentéisme ne permet pas aux agents de travailler en sécurité», préviennent les syndicats. Contactée, la direction interrégionale des services pénitentiaires n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Eva Bonnet-Gonnet
La Marseillaise, le 5 mars 2025