Suicide à la prison de Rennes : l’administration pénitentiaire a-t-elle manqué de vigilance ?

La famille d’une détenue qui s’est suicidée en 2014 à la prison des femmes à Rennes (Ille-et-Vilaine), met en cause l’État et l’administration pénitentiaire.


Que s’est-il passé dans la solitude de la cellule où cette jeune femme de 33 ans a mis fin à ses jours, à la prison de Rennes, dans la nuit du 1er décembre 2014 ? Depuis un peu plus de dix ans, sa famille essaie de trouver des réponses, en vain. La détenue avait été incarcérée sept mois plus tôt et condamnée à dix-huit mois de prison pour des faits de violence avec arme. Jusqu’à cette nuit où elle s’était pendue avec la ceinture de son peignoir. Elle était la maman d’une petite fille de quatre ans.

La famille met en cause la responsabilité de l’administration. Pourtant, la jeune femme avait été signalée au personnel « pour dangerosité pour autrui » et avait été jugée par la conseillère d’insertion et de probation comme « pleine de vie avec beaucoup d’envies et de rêves ». Sur ces fondements, le tribunal administratif de Rennes et la cour administrative d’appel de Nantes avaient rejeté leurs requêtes le 2 juin 2023, mais la famille revenait encore, hier, devant le Conseil d’État à Paris.

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De nombreux signaux d’alertes

La rapporteure publique en charge de l’instruction du dossier a considéré ce « contentieux si sensible » avec beaucoup de mesure et d’humanité. Selon elle, le trouble de dissociation dont souffrait la détenue n’avait pas été pris en compte, tout comme d’autres signaux d’alerte. La jeune femme avait été signalée comme « fatigante, soit agressive, soit amorphe » et une co-détenue avait fait part à un surveillant de ses « penchants suicidaires ». Sa mère avait envoyé des dizaines de signalements à l’administration pénitentiaire en s’inquiétant de l’état de stress de sa fille lors des séances de parloir.

Elle avait encore écrit après sa dernière visite, où la jeune femme, sous médicament, lui avait annoncé qu’elle avait cessé de les prendre, mais les conservait pour les ingérer tous en même temps.

Certes, précisait la magistrate, « il ne faut pas perdre de vue les conditions de vie d’une population fragilisée, soumise à des pressions psychologiques que l’incarcération peut raviver et les contraintes de l’administration pénitentiaire », mais ces signes auraient certainement mérité plus d’attention.

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Selon elle, la faute de l’administration pénitentiaire est de nature à engager la responsabilité de l’État. Elle propose donc l’annulation des précédents jugements et le dédommagement de la famille. La décision du Conseil d’État sera rendue dans les prochaines semaines.

ouest-france - le 23 janvier 2025

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