Les propos “contre-productifs” de Gérald Darmanin, ministre de la Justice, et sa décision d’ordonner l’arrêt de toute “activité ludique” font réagir les aumôniers nationaux des prisons, dont le protestant Philippe Aurouze.
Les propos “contre-productifs” de Gérald Darmanin, ministre de la Justice, et sa décision d’ordonner l’arrêt de toute “activité ludique” font réagir les aumôniers nationaux des prisons https://t.co/vyeJFUISRE
— framafad paca corse (@WaechterJp) February 23, 2025
L’arrêt de toutes les “activité ludiques” en prison qui ne concernent pas l’éducation, la langue française ou le sport a été ordonné lundi 17 février par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Une annonce qui fait suite à une polémique partie de la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses, basée sur des propos en partie faux tant sur la nature de l’animation que son coût. En effet, celle-ci n’a pas coûté un sou au contribuable, puisqu’elle était proposée par des étudiants bénévoles. Philippe Aurouze, aumônier national des prisons pour la Fédération protestante de France, a cosigné une tribune avec ses homologues catholique et orthodoxes. “En ce moment, c’est assez brûlant pour les aumôniers en prison après les propos contre-productifs du ministre contre les activités qui pourraient être proposées en détention”, explique-t-il.
Les aumôniers nationaux y voient la récupération politique d’un fait banal permis par la loi. Avant qu’une activité puisse avoir lieu dans un lieu de détention, il existe une multitude d’étapes à franchir et autant d’autorisations à obtenir. N’entre pas en prison qui veut. Pour la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, le fait de prodiguer la séance de conseils esthétiques à 20 détenus montrée du doigt n’est pas une activité ludique, mais une aide à la reconstruction de personnes abîmées. Un moyen de regagner de l’estime de soi. Un avis partagé par l’aumônier national. “Le 1er janvier 2025, la France comptait 80 669 détenus pour 62 685 places. L’inflation carcérale rend la situation explosive. Chaque mois, il y a 600 détenus supplémentaires, 4 310 personnes dorment sur des matelas posés au sol dans des cellules d’une surface de 9 mètres carrés”, rappelle Philippe Aurouze.
Surpopulation carcérale
Une surpopulation qui concerne quasi exclusivement les maisons d’arrêt. Les centres de détention, accueillant les détenus condamnés à une peine supérieure à deux ans, comme les maisons centrales où sont placés les détenus condamnés à de longues peines, sont en effet peu, voire pas touchés par ce phénomène. “À Toulouse-Seysses, le taux d’occupation est de 208%. Là, comme dans les autres maisons d’arrêt, les détenus ne peuvent sortir de leur cellule qu’une heure et demie par jour. Comment voulez-vous que ça tienne ?” interroge l’aumônier national des prisons.
Il ajoute : “On ne parle pas d’une activité ludique lorsqu’il s’agit de sortir de l’oisiveté carcérale liée à l’isolement, qui provoque de la destruction personnelle.” Si la détention passe par une privation de la liberté, Philippe Aurouze rappelle que l’objectif premier de celle-ci est de faire en sorte que le détenu ressorte de prison en étant prêt à se réinsérer socialement. Or, cet objectif n’est pas atteignable sans un accompagnement. S’appuyant sur son expérience, il précise que la grande majorité des détenus ont “un fort sentiment de culpabilité. Ils regrettent ce qu’ils ont fait”.
“Une sorte d’expiation par la souffrance”
Constatant qu’un climat délétère s’installe dans la société lorsqu’il est question des détenus, Philippe Aurouze remarque que même au sein des paroisses protestantes le regard porté sur les détenus tend parfois à se durcir. “La punition ne va pas changer ce que la victime a vécu. Il n’y a pas de lien de causalité entre la peine et la restauration personnelle, commente l’aumônier national des prisons. Les pays nordiques réfléchissent différemment de nous. En France, il y a l’idée que le détenu doit souffrir, comme s’il existait une sorte d’expiation par la souffrance.” Un sentiment qui fait dire à Philippe Aurouze qu’il faudrait que chacun puisse s’interroger sur le sens de la peine.