Suite à une controverse concernant des soins du visage offerts à des détenus à la maison d'arrêt de Toulouse-Seysses, Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, a déclaré avoir donné l'ordre de suspendre toutes les "activités ludiques" en prison.
Avec
- Matthieu Quinquis Avocat
Prison : les loisirs font-ils partie de la réinsertion ?
— framafad paca corse (@WaechterJp) February 22, 2025
Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, a déclaré avoir donné l'ordre de suspendre toutes les "activités ludiques" en prison. https://t.co/pC0e246kG5
Les activités mises en place en prison ont pour objectif de limiter la récidive et de garantir le respect des droits fondamentaux des détenus. Pourtant, il est souvent difficile d'évaluer l'efficacité des activités dites "ludiques". En 2024, d'après le ministère de la Justice, 63 % des personnes récidivent dans les trois ans suivant leur libération. Que peut-on attendre des effets des loisirs sur la réinsertion des personnes détenues ?
Une activité mal comprise ?
Un article de La Dépêche a lancé la polémique vendredi dernier. Intitulé "Des massages et de la danse country pour les détenus qui fêtent la Saint-Valentin en prison, la colère des surveillants", Matthieu Quinquis revient sur celui-ci : "Il reprenait un communiqué syndical et rassemblait des témoignages d'agents de la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse, qui expliquent : 'Nos familles, comme tous ceux qui vivent avec un SMIC, aimeraient aussi profiter d'activités gratuites'." Depuis, on a appris qu'il ne s'agissait pas vraiment de soins du visage réalisés par des masseurs sur l'argent du contribuable, mais d'étudiants en école d'esthétique qui voulaient donner bénévolement des conseils de soins. Qu'importe, il est trop tard.
Des conditions de travail et de détention liées
Dans le communiqué syndical de FO Justice, les agents pénitentiaires disent qu'eux aussi souffrent d'un manque criant de budget. Quatre surveillants en formation auraient dû payer leur repas à faute d'un budget suffisant. Pour certains, c'est une forme de jalousie qui intervient dans ces situations. À cela, Matthieu Quinquis répond de la manière suivante : "Il y a, dans les pratiques de certaines organisations syndicales du monde pénitentiaire, une manière de percevoir les droits des personnes détenues comme des choses qui seraient contre les personnels pénitentiaires. Malheureusement, ils sont tous dans le même bateau, et les conditions de détention des personnes détenues sont les conditions de travail des personnels pénitentiaires. Ils auraient tout intérêt à les pointer."
Assurer la transparence
En 2022, une compétition de karting à Fresnes a été très médiatisée, et Éric Dupond-Moretti, alors ministre de la Justice, s'était fendu d'une circulaire pour mieux contrôler ces activités, datée du 21 septembre 2022. Néanmoins, en retrouver sa trace est extrêmement complexe. Pour Matthieu Quinquis : "La question de la publication de cette circulaire montre le flou général qui peut encadrer la réglementation en matière pénitentiaire. Un certain nombre de notes, d'instructions, qu'elles soient nationales ou locales, ne sont pas publiées, ne sont pas portées à la connaissance des personnes détenues. Notre travail à l'Observatoire international des prisons, c'est de les mettre à jour et de révéler les normes qui ne sont pas publiques."