LES PROCHES DES PRISONNIERS TÉMOIGNENT

"Pas étonnant qu'un détenu pète les plombs"

Plusieurs familles de détenus dénoncent un manque de considération de l'état psychologique de leur proches dans la maison centrale d’Arles.


Dès midi, près d'une heure après l'annonce d'une prise d'otage en cours dans la maison centrale d'Arles, les voitures de visiteurs se sont pressées les unes derrière les autres face au grillage fermé de l'établissement pénitentiaire. "Le parloir a été annulé, c'est la deuxième fois que je viens de Marseille pour rien", s'attriste Sarah, avec ses cadeaux de Noël pour son frère dans les bras. "Je leur ai dit que je venais juste déposer le colis et je men allais, mais ils n'ont pas voulu"

Comme elle, deux, trois puis une dizaine de proches de détenus se voient refuser l'entrée quelques minutes plus tard, avant que les forces de l'ordre placent une équipe pour surveiller l'entrée et libérer l’accès aux véhicules venus intervenir en urgence. "Tous les parloirs sont annulés, il faut rentrer chez vous s'il vous plaît, on ne peut rien vous dire de plus", demande une surveillante pénitentiaire.

Nawel et sa sœur sont restées cinq heures debout dans le froid, devant le grillage fermé. "On était venues d'Alès pour récupérer notre sœur. Elle devait sortir à 15h normalement, mais c'est reporté. Quand on est arrivées, le grillage était fermé, et personne ne nous a prévenues de tout l'après-midi. Elle ne sortira pas avant demain finalement, c'est cruel."

"Dans cette prison, ils n'en ont rien à foutre des détenus !"

D'autres proches de détenus, venus observer la situation avec inquiétude pendant la prise d'otage, avaient du mal à garder leur sang-froid. "Dans cette prison, ils n'en ont rien à/outre des détenus", s'exclame Sofia", mère d'un homme enfermé depuis cinq ans dans la maison centrale. Les surveillants font leur loi, ils font ce qu'ils veulent, mais ils ne soignent personne. Ici, on mélange les tueurs, les violeurs et les malades psychiatriques ensemble, c'est le bordel à l'intérieur. Mon fils est enfermé depuis cinq ans et il n’en peut plus. Il subit à longueur de journée, on lui fait la misère, et ce n'est pas étonnant qu'un autre détenu pète les plombs. Mon fils s'est volontairement cassé la jambe, il s’est ouvert les bras, mais le personnel n'en a jamais rien à faire."

Tout au long de la journée, l'incident a provoqué un va-et-vient incessant devant l'établissement pénitentiaire, un homme a même profité de la situation pour faire son propre compte rendu en Live de la situation sur TikTok, réunissant jusqu'à l 000 personnes en simultané sur son compte.

Devant le grillage lors de la prise d'otage, tous s'accordaient avec le constat de Eddino Wojak, secrétaire local FO justice à la maison centrale d'Arles, qui a pari d'une "maison centrale devenue une maison psychiatrique", à la fin de la prise d'otages. "Après seulement deux ans d'incarcération, je sens que c'est déjà très difficile dans sa tête, approuve Isabelle", mère d'un autre détenu de l'établissement pénitentiaire. Il me dit qu'il voit régulièrement d'autres détenus se mutiler. Mon fils n'est pas dans le même état psychologique aujourd'hui que lorsque je l'ai vu rentrer." "Et le personnel n'est pas formé pour ça", conclut Eddino Wojak.

Julien MAUPLAT

"'les prénoms ont été modifiés

LA PROVENCE - le 4 janvier 2025

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