PRISON Le ministre de la Justice Gérald Darmanin était hier à la maison centrale dans le cadre de sa tournée des établissements pénitentiaires, susceptibles d'être transformés en prison de haute sécurité pour accueillir 100 narcotrafiquants.
Les cent plus gros caïds du pays seront-ils incarcérés à Arles ?
— framafad paca corse (@WaechterJp) February 17, 2025
La maison centrale d’Arles figure parmi les quatre sites susceptibles d'être transformés en prison de haute sécurité pour accueillir 100 narcotrafiquants. @laprovence pic.twitter.com/LAcbqzxPPP
• Florent BONNEFOI
Je ne passe pas la Saint-Valentin dans une prison que je ne pense pas importante pour la République", sourit Gérald Darmanin, ce vendredi soir, après deux heures de visite de la maison centrale d’Arles. Pour un 14 février, on a vu sortie plus romantique, mais le garde des Sceaux a maintenu le rythme et les habitudes prises à l’Intérieur.
Avant Aix-en-Provence, aujourd’hui, où il pourrait notamment évoquer le sort de la cité judiciaire de Marseille, le ministre de la Justice s’est rendu hier à Arles avec deux objectifs. Il y avait l’ordre du jour affiché, celui d’une remise de décorations, après une prise d’otages survenue au sein de cette prison qui accueille près de 130 détenus condamnés à de longues peines. Le 3 janvier dernier, un prisonnier avait retenu quatre soignants et un agent de l’administration pénitentiaire durant plus de quatre heures au sein de l’unité sanitaire de l’établissement. "Il s’était barricadé dans l’unité en bloquant la porte avec un brancard, mais on a eu de la chance, il n’avait pas obstrué les caméras", glisse la directrice de la prison, Anne-Sophie Gamba, en rappelant qu’en centrale, "même un 'petit profil' reste un profil sensible, car la plupart des détenus purgent ici des peines de plus de dix ans".
"J'ai joué sur les bruits pour camoufler l'intervention"
Retenu au côté de la psychiatre et des infirmières, le surveillant brigadier Alberto Anton, en poste depuis près de 15 ans, s’est évertué à faire diversion lors de l’arrivée des équipes d’interventions. "Je connais tous les sons de cet endroit, je savais qu’ils allaient arriver par cette porte, alors j’ai joué sur les bruits pour camoufler l’intervention", explique l’agent, tout juste décoré par le ministre.
Mais Gérald Darmanin avait hier un autre impératif. Le site d’Arles fait partie des quatre centrales françaises retenues par le ministère de la justice afin d’être transformées en prison de haute sécurité, en vue d’y accueillir à l’isolement les 100 profils de narcotrafiquants "les plus dangereux" du pays, tant condamnés qu’en attente de jugement. Les cent premiers du moins, car, assure le ministre, "cette prison sera un modèle", avant la création, "je l’espère, de deux ou trois autres établissements en 2026 afin d’y accueillir au total 6 à 700 narcotrafiquants". Soit des détenus liés au trafic de stupéfiants parmi "ceux que l’on considère comme les plus dangereux pour l’extérieur, susceptibles de s’évader, ou encore de commanditer des assassinats", précise Gérald Darmanin.
Devant l’urgence de la situation, mise en exergue par le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic, au printemps dernier, le garde des Sceaux a opté pour la transformation d’un établissement existant.
Le site de la prison pour "narcos" choisi d'ici quinze jours
Après avoir visité la centrale de Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais, puis Arles, le ministre accompagné de son directeur de l’administration pénitentiaire, se rendra lundi à Condé-sur-Sarthe, puis à la maison centrale de Saint-Maur, dans l’Indre, avant d’arrêter le choix du site qui accueillera ces cent premiers "narcos" du haut du spectre, dans l’optique d’une ouverture toujours annoncée pour la fin juillet. Quatre critères sont avancés : la présence sur place d’équipes régionales d’intervention (Eris), un site transformable en véritable "cage de Faraday", des ailes et cours séparées afin d’accueillir de petits groupes de détenus. Mais aussi un isolement permettant la sécurisation de l’extérieur. "La maison centrale d’Arles présente des avantages, mais aussi des inconvénients…", observe le ministre, qui annoncera le choix du site d’ici quinze jours.
La Provence - samedi 15 février 2025
Une "bonne chose" pour le député, une prison "pas adéquate" pour FO
Emmanuel Taché de la Pagerie, député de la 16e circonscription et Jessy Zagary, délégué national FO Justice, ne voient pas du même œil cette possible installation.
• Cyrielle GRANIER
Leurs visions s’opposent mais sur un point, ils sont d’accord : l’idée de réserver un établissement de haute sécurité pour les 100 plus gros narcotrafiquants emprisonnés en France est une bonne chose. "C’est une idée que le Rassemblement national porte depuis longtemps", assure d’ailleurs sans détour Emmanuel Taché de la Pagerie, député de la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône. "Sur le principe, notre syndicat est pour", confirme de son côté Jessy Zagary, délégué national FO Justice.
En revanche, le potentiel choix de la maison centrale arlésienne ne fait pas l’unanimité. Pour le syndicaliste, cette prison ne répond pas à certains critères essentiels : "La maison centrale n’est pas du tout adaptée, et notamment pour des raisons géographiques. Elle est en effet située en zone industrielle, ce qui signifie qu’il y a beaucoup de vie autour, et beaucoup de passage de civils. Par ailleurs, elle est trop proche du centre-ville d’Arles mais aussi et surtout trop proche de l’autoroute. Or pour ce genre d’établissement, il faut penser aux possibles attaques, ainsi qu’aux possibles tentatives d’évasion", précise celui qui, présent hier à l’occasion de la visite, assure avoir pu faire part de son point de vue à la directrice de cabinet de Gérald Darmanin.
Emmanuel Taché de la Pagerie voit lui, en ce choix, l’occasion de saisir de grandes opportunités. "Si Arles était retenue, cela voudrait dire qu’on allouerait enfin plus de moyens à la prison, mais aussi aux forces de l’ordre ainsi qu'à l’hôpital. On verrait aussi se créer des emplois. Par ailleurs, on n’aurait pas besoin de voir sortir de terre une nouvelle prison, ni d’attendre des années pour cela, d’autant qu’il semble que le ministre Darmanin souhaite aller vite", explique le parlementaire, qui pour autant ne s’emballe pas : "Mais restons prudents, il y a trois autres établissements en lice".
La maison centrale est trop proche du centre-ville d'Arles mais aussi et surtout trop proche de l'autoroute. ,,
JESSY ZAGARY
La Provence, le 15 février 2025