Justice : Gérald Darmanin relance l’idée de créer des prisons « à taille humaine »

À peine revenu au gouvernement comme ministre de la justice, Gérald Darmanin occupe le terrain et divulgue sa feuille de route. Mercredi 25 décembre, lors d’une visite au centre pénitentiaire de Liancourt (Oise), il a évoqué la possibilité de créer des prisons « à taille humaine, un peu partout sur le territoire ». Ce projet va de pair avec sa volonté de faire pleinement exécuter « les petites peines » dans des établissements un peu moins sécurisés, quitte à alléger le « cahier des charges » des bâtiments.


Des petites prisons sans miradors pour purger des courtes peines ? « L’idée n’est pas nouvelle », rappelle Jean-François Fogliarino, secrétaire général du Syndicat national des directeurs pénitentiaires. « Il faut des solutions diversifiées, des centres plus petits qui nécessitent moins de sécurité », avait en effet déclaré le précédent garde des sceaux, Didier Migaud, le 19 novembre sur France 2, parlant d’un prochain projet de loi pour « sortir du modèle unique de prison ».

Le plan prison en retard

Comme son prédécesseur, Gérald Darmanin est confronté à un problème de fond : la population pénitentiaire a franchi en novembre le cap des 80 000 détenus en France, un record, pour 62 000 places effectives. Dans le même temps, la mise en œuvre du plan prison lancé en 2017, qui prévoyait la création de 15 000 places supplémentaires d’ici à 2027, est en retard. À ce jour, moins d’un tiers du programme est réalisé. L’objectif final ne devrait pas être atteint « avant 2029, dans le meilleur des cas », a prévenu Didier Migaud.

Pour rattraper ce retard, plusieurs pistes existent, comme la réhabilitation de bâtiments pénitentiaires inutilisés ou la mise en place de constructions modulaires, des préfabriqués. Par ailleurs, des établissements « à taille humaine » existent déjà en France. Il s’agit notamment de structures spécialisées comme les établissements pour mineurs (EPM) ou les structures d’accompagnement vers la sortie (SAS).

Une prise en charge adaptée

Le niveau de sécurité et la prise en charge des détenus sont alors adaptés à leur profil. « Des établissements à taille humaine, forcément, on ne peut pas être contre, commente Wilfried ­Fonck, secrétaire national de l’Ufap-Unsa pénitentiaire. Cela permet d’améliorer les conditions de détention et de travail. Des centres pénitentiaires de 600 places avec 800 ou 900 détenus, c’est ingérable. Mais il ne faut pas que ces petites prisons se concrétisent par des Algeco. »

De son côté, Jean-François Fogliarino estime que ces « solutions d’appoint » ne régleront pas la question de la surpopulation des prisons sans « une régulation carcérale », qui permet de procéder à des libérations anticipées quand un certain seuil d’occupation est atteint. « Construire des petites prisonsn’est pas forcément un gage d’efficacité », estime aussi Antoine Lefèvre, sénateur Les Républicains de l’Aisne.

Pour le parlementaire, auteur d’un rapport d’information sur le plan prison, la politique pénitentiaire ne peut se résumer à une « politique immobilière » : « On peut aussi avoir des petits bâtiments qui ne respectent pas le principe de l’encellulement individuel avec trois personnes par cellule et des matelas par terre. »

La Croix - le 26 décembre 2024

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