Au centre pénitentiaire pour hommes de Rennes Vezin, dans un univers fait de sourdes violences, six aumôniers ont parlé de la fraternité avec les détenus.
« Ici, nous sommes des frères en partageant tout»
— framafad paca corse (@WaechterJp) February 17, 2025
Au centre pénitentiaire pour hommes de Rennes Vezin, dans un univers fait de sourdes violences, six aumôniers ont parlé de la fraternité avec les détenus. Reportage de @OuestFrance pic.twitter.com/rZL9WSV5mu
Reportage
Ils n'étaient pas faits pour se rencontrer. Leurs chemins se sont télescopés en prison. Un chrétien, un musulman, un bouddhiste, tous trois réunis par l'administration pénitentiaire pour une table ronde autour du thème de la fraternité, qui vient d'être organisée, à la prison pour hommes de Rennes Vezin (Ille-et-Vilaine). D'autres détenus sont avec eux, assis ce vendredi-là, dans la salle de sport.
Baskets aux pieds, casquettes posées sur les genoux et bras croisés, ils forment un auditoire silencieux. Quelques-uns hochent la tête, en signe d'approbation aux propos tenus. L'un d'eux rédige à la hâte.
« Nous pouvons vivre ensemble, avec des convictions différentes. Qu'elles soient familiales, religieuses ou philosophiques », décrit Mohamed Loueslati, Tunisien d'origine, installé à Rennes depuis cinquante ans, ce juriste de formation est aumônier des prisons.
« C'est l’Église qui se déplace »
Comme les dix-sept autres qui interviennent dans l'établissement, il effectue d'ordinaire un travail quotidien auprès des détenus, condamnés ou prévenus. Pour instaurer dialogue et confiance. Et exercer le « rôle spirituel et moral » inscrit dans le code de procédure pénale. Des rencontres dans les cellules ou les parloirs, en individuel, « pour ceux qui le demandent ». Des échanges en collectif.
La célébration des messes.
La religion fait partie des activités les plus accessibles en prison. Défenseur de la laicité, Mohamed Loueslati expose : « C'est ici un public enfermé et contraint. Alors les cultes viennent vers lui. C’est l'Église qui se déplace. »
J'ai beaucoup appris aujourd'hui »
Comme à l'échelle nationale, l’islam est la première religion carcérale, au centre pénitentiaire de Rennes Vezin. Six autres cultes sont représentés : bouddhiste, catholique, israélite, orthodoxe, protestant, mais aussi les Témoins de Jéhovah.
« Nous sommes dans un moment intercultuel de partage. Un rendez-vous où nous parlons ensemble de sujets compliqués, dans un contexte qui l'est tout autant », présente Pascal Vian, directeur interrégional des services pénitentiaires Grand Ouest, à l'initiative de l'événement.
« Souvent, on réduit la vie à un rapport de force. On calcule ou on ne calcule pas. Un frère, on l'aime ou on ne l'aime pas. Mais on est liés », résume David Buick, aumônier protestant des prisons depuis 21 ans.
Selon lui, la réflexion sur le thème de la fraternité permet d'aborder ce qui rassemble. Et de s'élever au-dessus des murs. « Certains de nous arrivent ici sans famille ni soutien. Mais là, nous sommes des frères, en partageant tout, traduit un prisonnier quinquagénaire, au visage marqué par la fatigue. Je ne suis pas né en France, mais en Algérie. Je ne connaissais pas la laïcité. J'ai beaucoup appris aujourd'hui », remercie-t-il.
« Le respect avant tout »
Un autre homme retrace son par-
cours. Né « dans un pays orthodoxe », il a étudié « dans un pays protestant », a travaillé « dans un pays catholique et en Israël ». a voyagé dans des pays arabes. « J'y avais des amis. Partout, j'ai rencontré des frères. »
Une surveillante pénitentiaire se lève à son tour, pour dire quelques mots. « Qu'importe la couleur ou la religion, nous nous devons le respect avant tout. » Elle ajoute, en s'adressant toujours aux prisonniers : « Nous ne sommes pas là contre vous. Nous sommes à vos côtés. »
Dans un monde carcéral fait de sourdes violences. les messages sur la tolérance et la solidarité sont passés. « Vous m'avez reboosté », déclare un ancien surveillant. Les prisonniers ont vu, cette fois, six aumôniers de prison intervenir, ensemble. Un modèle à donner.
OUEST-FRANCE - le 16 février 2025