FERMETÉ Déterminé à lutter contre le narcotrafic depuis la place Vendôme, Gérald Darmanin a multiplié les annonces cette semaine
Le retour des prisons de haute sécurité
— framafad paca corse (@WaechterJp) January 27, 2025
Déterminé à lutter contre le narcotrafic depuis la place Vendôme, Gérald Darmanin a multiplié les annonces cette semaine @leJDD pic.twitter.com/nRdV42sJVY
• CHARLOTTE D’ORNELLAS
« Nous ne travaillons pas avec des “malfrats” mais avec des personnes. » C’est notamment par cette phrase que le syndicat CGT insertion probation (CGT IP) a annoncé rompre le dialogue avec son ministre de tutelle, le garde des Sceaux. « Cette phrase est tellement révélatrice… Ce n’est pas parce qu’ils sont des personnes, ce que personne ne conteste, qu’ils se retrouvent en prison ! » s’agace un magistrat… Gérald Darmanin tente-t-il un ministère de l’Intérieur bis place Vendôme, comme l’en accuse la CGT ? Une source judiciaire s’étonne : « Non seulement la Justice est un ministère régalien, mais les prisons sont des lieux où doivent régner l’autorité et la sécurité ! »
Contrairement à la CGT IP, plusieurs syndicats pénitentiaires ont salué les annonces. « Réordonner les prisons, c’est aussi nous donner les moyens de faire notre travail », commente un surveillant. C’est le but affiché, en effet. Notamment pour répondre à l’actualité ponctuée de révélations sur des narcotrafiquants qui continuent à œuvrer… depuis leurs cellules de prison. « Nous voulons faire les mêmes progrès contre le narcotrafic,détaille l’entourage du ministre, que ceux que nous avons faits contre le terrorisme après le traumatisme de 2015. » Notamment par la remise en place de prisons de haute sécurité pour les plus gros trafiquants, supprimées lorsque Robert Badinter occupait le poste.
En août prochain, la première – il devrait y en avoir trois autres dans les deux prochaines années – sera effective. Conditions plus difficiles, fouilles plus systématiques, dispositif anti-drone très efficace, changements de cellule, promenades surveillées, fouille des visiteurs… Le tout avec l’installation, au cœur de la prison, de nouvelles unités d’intervention spécialisées – aujourd’hui volantes d’une prison à l’autre.
« Que les défenseurs des droits de l’homme se rassurent, c’est ce qu’a fait l’Italie pour lutter contre la mafia, et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a validé », anticipe une source judiciaire. C’est d’ailleurs en Italie que Gérald Darmanin devrait se rendre les 3 et 4 février prochains, afin d’échanger avec les autorités et de visiter ces établissements. Mais les annonces sont plus larges. En 2026, une police pénitentiaire devrait également être active. Une troisième force de sécurité intérieure dans le pays, dotée de pouvoir de contrôle, de surveillance, accompagnée de chiens détecteurs de stups… et dont certains agents seront dotés des pouvoirs d’officier de police judiciaire afin de faciliter la judiciarisation des délits commis en prison – aujourd’hui sous-traités par manque d’effectifs et de temps.
Dans les prisons, c’est également le sujet de la corruption qui inquiète. Gérald Darmanin a donc annoncé la création d’une inspection générale de l’administration pénitentiaire. Son entourage précise qu’elle aura « évidemment une fonction de contrôle, mais également d’accompagnement et d’anticipation puisque la corruption est souvent le résultat de menaces et de contraintes envers les agents ». Question anticipation, Vendôme veut également renforcer le renseignement pénitentiaire, actuellement composé de 350 agents. En effet, le manque de personnel a parfois des effets délétères : à titre d’exemple, moins de 5 % des téléphones saisis en prison sont aujourd’hui exploités.
La direction de l’administration pénitentiaire, enfin, deviendra une direction générale afin de se hisser au même niveau que celles de la gendarmerie, de la police ou des douanes. Et verra ses fonctions de sécurité renforcées, ainsi que de probation. Un travail complété, en parallèle, par des échanges accrus avec certains pays étrangers comme le Maroc ou les Émirats arabes unis. Car si de nombreux trafiquants sont en prison, certains se trouvent… à l’étranger. D’autres sont eux-mêmes étrangers, emprisonnés en France. Combien ? Impossible de le savoir. C’est pourquoi le ministre de la Justice envisage la création d’une mission sur les étrangers détenus.
D’abord pour établir un état des lieux précis ; et pour organiser l’expulsion des étrangers illégaux en fin de peine – en renforçant la discussion avec le ministère de l’Intérieur et les pays d’origine. Et si des agents préfectoraux se déplacent actuellement dans les prisons pour renouveler certains titres de séjour, Gérald Darmanin a annoncé vouloir les dégrader plutôt que de les reconduire.
Dans les prisons, c’est aussi le sujet de la corruption qui inquiète
Le JDD le 26 janvier 2025