Selon les chiffres du syndicat FO, la densité du centre pénitentiaire de Luynes a atteint 147,80%. Sans pour autant que les effectifs n’augmentent. Il manque, selon l’Unsa Justice, 80 agents sur le site.
Trop-plein de détenus à Luynes (la densité du centre pénitentiaire de Luynes a atteint 147,80%), les agents pénitentiaires peinent à faire le poids. Il manque 80 agents sur le site @lamarsweb pic.twitter.com/5w44INMHWA
— framafad paca corse (@WaechterJp) March 18, 2025
• Eva Bonnet-Gonnet
Les chiffres parlent d’eux- mêmes. Le centre pénitentiaire de Luynes a atteint une densité de 147,80%, selon les chiffres du syndicat FO. Ce vendredi 14 mars, le centre, dans sa totalité, comptait 1 992 détenus pour une capacité de 1 386 places. «À mesure que le nombre de détenus augmente, le nombre d’agents, lui, n’augmente pas, voire diminue. Et la promiscuité augmente, ce qui augmente le risque pour le personnel de sécurité aussi», constate le capitaine Cordier, représentante locale et nationale de l’Ufap-Unsa Justice. Ici, il manque 80 agents pour que la maison d’arrêt fonctionne dans des conditions correctes. Après une mobilisation en début de mois pour dénoncer le manque «criant» de personnel, les syndicats sont toujours en négociations avec la direction. «Il faut imaginer qu’un agent, désormais, peut se retrouver à gérer trois fois plus de détenus sur son étage. C’est trois fois plus de personnes qui lui demandent tout et rien, à longueur de journée, seul face à des détenus énervés et épuisés.» Des conditions indignes, pour les personnels comme pour ceux qu’ils surveillent.
« Cocotte-minute »
«Il est parfois arrivé que le passage aux douches soit maintenu au minimum, parce qu’on n’avait pas assez d’agents. ça augmente l’agacement, le risque de violence et c’est toujours la même chose, ce sont les agents qui prennent», s’agace Madame Cordier. Des exemples comme ceux-ci, il y en a des dizaines. Les cantines, les promenades, les parloirs… fonctionnent avec un personnel «en mode dégradé» et les tâches simples comme les fouilles sont devenues fastidieuses et sources d’angoisse. « Comprenez: avec autant de détenus, un agent se retrouve parfois à fouiller une cellule occupée par deux, voire trois personnes. C’est d’abord un danger, mais ce sont aussi plus d’affaires entassées à fouiller», pointe le capitaine Cordier. Dans la plupart des cellules, pas plus grandes que 9 m², un matelas est posé au sol. Pour le syndicat FO, la situation de surpopulation est l’histoire «du serpent qui se mord la queue. Sans moyens sur le long terme, on ne tiendra pas dans cette cocotte-minute, acquiesce Cédric Apatou, représentant FO Justice pour le centre pénitentiaire. On en est à rappeler des agents sur leurs congés pour pouvoir gérer tous les détenus. On ne peut donc plus anticiper nos journées. Et improviser dans la sécurité, c’est non! Les conditions sont inhumaines pour nous et les détenus. » Mais aussi toutes les autres branches du personnel. Une syndicaliste, agent d’insertion et de probation, a l’impression d’«être poussée à bâcler le travail. On se trouve avec plus de 100dossiers à traiter dans un temps réduit. On perd le sens premier de notre mission, celle d’accompagner des détenus.»
Eva Bonnet-Gonnet
La Marseillaise - le 17 mars 2025