... Voici ce qu'il faut retenir des annonces de Gérald Darmanin pour la justice
En déplacement jeudi à Agen, à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire, le garde des Sceaux a notamment donné des précisions sur la première prison de haute sécurité pour narcotrafiquants, qui sera "réalité" le 31 juillet.
Prison de haute sécurité en fonction cet été, création d'une "police pénitentiaire"... Gérald Darmanin a donné des précisions sur la première prison de haute sécurité pour narcotrafiquants, qui sera "réalité" le 31 juillet. https://t.co/RRS2uPEDb0
— framafad paca corse (@WaechterJp) January 24, 2025
"Vous êtes une grande administration confrontée à d'immenses défis : dans les prisons, dans les lieux où on prive de liberté les personnes sous autorité du juge, se joue une partie de la République", a déclaré Gérald Darmanin, en préambule de sa prise de parole face aux élèves de l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (Enap) située à Agen (Lot-et-Garonne), où il était en déplacement jeudi 23 janvier.
Le ministre de la Justice est longuement revenu sur l'attaque d'un fourgon dans l'Eure, au printemps, au cours de laquelle deux agents pénitentiaires ont été tués. "Ce qu'il s'est passé le 14 mai dernier n'est pas seulement un assassinat lâche, brutal : c'est une blessure grave dans l'honneur et l'autorité de l'Etat", a estimé le garde des Sceaux, assurant que "la justice traqu[ait] inlassablement ceux qui sont responsables de ce massacre".
Gérald Darmanin a ensuite fait plusieurs annonces, notamment concernant la prise en charge de la criminalité liée au trafic de stupéfiants au sein des établissements pénitentiaires. Voici ce qu'il faut retenir de ses déclarations.
La première prison de haute sécurité pour narcotrafiquants en fonction le 31 juillet
Le garde des Sceaux a notamment fait savoir que la prison de haute sécurité pour narcotrafiquants, dont il a annoncé la création début janvier, serait "réalité" le 31 juillet. Les "cent plus gros" narcotrafiquants du pays, quel que soit leur statut de détention, seront transférés à partir de mars dans cet établissement rénové, dont l'emplacement n'a pas été précisé par le ministre. Il a toutefois promis un lieu "inviolable", où il sera "absolument impossible de se faire livrer téléphone ou drogue".
Un budget de "quatre millions d'euros" a été débloqué pour la mise en place de cet établissement. Deux autres prisons du même type "seront créées dans les deux prochaines années afin que les plus de 600 personnes que le renseignement pénitentiaire nous désigne comme particulièrement dangereux dans le narcobanditisme puissent être dans la même enseigne", a ajouté Gérald Darmanin. Actuellement, 17 000 personnes sont détenues pour des faits liés au trafic de stupéfiants et à la criminalité organisée, selon lui.
Création d'une "police pénitentiaire"
"Une révolution" : c'est ainsi que le ministre a qualifié la création à venir de ce qu'il a appelé une "police pénitentiaire" en 2026, "pour faire de l'administration pénitentiaire la troisième force de sécurité intérieure de notre pays".
Cette police devra évaluer "les missions de sécurité, de contrôle, de surveillance", a-t-il détaillé, ajoutant qu'elle "aidera[it] les courageux agents des SPIP [service pénitentiaire d'insertion et de probation] qui posent des bracelets électroniques dans des quartiers où pas grand monde n'ose aller". "Nous ne pouvons plus les laisser seuls", a martelé Gérald Darmanin.
Doublement du nombre de places de semi-liberté d'ici 2027
Jugeant que l'état des prisons n'est "pas digne d'un pays comme la France", avec "4 000 matelas par terre" et des détenus mélangés "selon, non pas leur dangerosité, mais leur arrivée devant la justice", le ministre a annoncé le doublement, d'ici 2027, des places de semi-liberté.
"C'est-à-dire 3 000 places que nous construirons dès la fin de cette année en rénovant complètement les constructions et les cahiers des charges des lieux pénitentiaires", a exposé le garde des Sceaux devant les étudiants de la 219e promotion de l'Enap. Ce doublement se fera "en écoutant davantage les élus locaux, prêts à accueillir des lieux privatifs de liberté, mais pas toujours les prisons pour personnes extrêmement dangereuses".
Création à venir d'une "direction générale de l’administration pénitentiaire"
Au cours de cette prise de parole, Gérald Darmanin a aussi annoncé qu'il allait proposer au Premier ministre, François Bayrou, la création d'une "direction générale de l'administration pénitentiaire". Il souhaite qu'elle soit dotée de "deux jambes" : "l'une sur la sécurité pénitentiaire et une autre sur l'insertion et la probation, afin de donner aux agents d'insertion et de probation toute leur place dans une direction d'administration centrale."
Expulsion des ressortissants étrangers définitivement condamnés
Le ministre a également déclaré qu'il allait lancer "une mission auprès du directeur de l'administration pénitentiaire pour organiser, en lien avec les préfectures", l'expulsion des étrangers définitivement condamnés "dans les pays d'origine".
Gérald Darmanin a souligné que "25% d'étrangers" étaient détenus en France, tous lieux d'incarcération confondus. "Bien sûr, quelqu'un qui n'est pas Français, qui a commis un acte, doit pouvoir répondre devant la justice (...), doit avoir un procès équitable et doit pouvoir rester dans des conditions dignes dans nos prisons", a-t-il affirmé. Avant de poursuivre : "mais une fois condamnés définitivement, il n'y a pas de raisons que des personnes non françaises restent dans nos lieux de détention."