Torture et barbarie dans la Prison du Pontet : neuf ans ferme pour le détenu

"J'étais sa chose, il a fait de moi ce qu'il a voulu"

Lors de ce 2e jour de procès devant la cour criminelle départementale de Vaucluse, dans le cadre d’un dossier d’actes de torture et de barbarie perpétrés au sein de la prison du Pontet par un prisonnier sur deux de ses codétenus, le témoignage clé d’une des victimes, ébouillantée, a occupé une bonne partie des débats.

Par Paul GUIBAL

Dans la grande salle Voltaire du tribunal judiciaire d’Avignon, un mètre les sépare. Contrairement à l’exiguë cellule du centre pénitentiaire du Pontet, une épaisse vitre se dresse entre la victime et son bourreau. "J’étais sa chose, il a fait de moi ce qu’il a voulu", résume simplement le codétenu, victime d’abjects sévices, qui purge une peine de 6 ans de prison pour avoir, à 14 ans, violé sa petite sœur et sa cousine, mineures, entre 1988 et 1993. L’accusé lui a fait vivre un véritable enfer dans la cellule 023, en le rouant de coups, l’aspergeant de produits à base de javel et en lui versant de l’eau bouillante sur les parties génitales, en janvier 2021.

Digne d’un scénario de film, qu’on pourrait comparer au long-métrage, Festen (1998), du Danois Thomas Vinterberg, c’est en 2011, lors d’un repas de famille, que, rongé par la culpabilité de ses actes, la victime a annoncé à sa famille ce qu’il avait fait. "Mon frère ne sait même pas que je suis jugé actuellement", précise celui qui devrait sortir de prison dans quelques mois. "Comme je suis malade, anxieux, dépressif, j’ai fait tout ce qu’Hassan S. voulait. Je me suis exécuté pour ne pas être tapé." Dans la pièce froide, au rez-de-chaussée de la maison d’arrêt, au sein du quartier spécifique réservé aux détenus vulnérables, il a "subi des atrocités", et ce, dès son arrivée.


"Il a dû sentir que j’étais faible"

"Torture physique, torture mentale… Je me suis vu mourir, détaille, la boule au ventre, le codétenu martyrisé. Je me suis dit que si je restais encore avec lui, j’allais être fini. J’ai tout fait pour ne pas le décevoir, peu importent les conséquences pour moi. Je voulais qu’il soit bien dans sa tête." Qualifié, selon les experts, de "vulnérable", de "faible", d'"introverti", et souffrant d’un "déficit de confiance", pas étonnant que l’accusé ait rapidement pris l’ascendant sur lui. Sous neuroleptique, les cheveux mi-longs, les oreilles dégagées, la victime au visage fermé a les yeux qui regardent dans le vide. L’homme paraît présent sans l’être. Depuis les faits, la victime, "assaillie par l’angoisse et l’anxiété mentale", n’a pas mis un pied en dehors de sa cellule. ….

"Les choses sont allées crescendo", explique-t-il à la cour, surtout à partir du moment où l’accusé à découvert son motif d’incarcération (un viol, comme lui). Interdiction de bouger de son lit, d’aller aux toilettes, obligation de boire son urine, de pratiquer une fellation… "J’ai mis 4 heures à me couper les cheveux, avec un rasoir à une lame. Il a dû sentir que j’étais faible. Il était sympathique pourtant au début. Il pensait aussi que j’étais homo. Je suis rentré dans son jeu pour ne pas être tapé." Incapable de trouver une stratégie pour s’en sortir, il a encaissé les coups, les brûlures à l’eau bouillante et a même détaillé des crimes affreux à l’écrit qu’il n’avait jamais commis, dans une lettre, "pour ne pas avoir à souffrir". C’est un surveillant qui le sortira de là en voyant son visage tuméfié.

Il "n’avait rien à faire avec les vulnérables"

D’ailleurs, la question de savoir ce que faisaient dans la même cellule ces deux individus aux personnalités diamétralement opposées a été soulevée hier. "On a estimé que c’étaient les meilleurs profils par rapport à leurs affaires judiciaires", estime un gradé, en expliquant que l’accusé, lui-même violeur, commençait à subir des pressions d’autres prisonniers, d’où son transfert au sein de ce quartier spécifique. "Redevenu un lion, ici, il a trouvé plus faible que lui", lâchera un surveillant pénitentiaire, estimant au passage qu’Hassan S. "n’avait rien à faire avec les vulnérables".

Après les plaidoiries des avocats des deux parties civiles, hier, – (la deuxième victime assure avoir été violentée et agressée sexuellement par Hassan S., des allégations niées en bloc par l’accusé, NDLR) –, ce sera au tour aujourd'hui, pour ce troisième et dernier jour de procès, de l’avocat général de prendre la parole.

La Provence - le 28 janvier 2025

Vaucluse : Neuf ans ferme pour le détenu ultra-violent du Pontet

Le jeune prisonnier qui a torturé et agressé sexuellement deux de ses codétenus encourait 20 ans de réclusion criminelle mais n'en fera, au final, que moins de la moitié.


Les yeux fermés dans le box, la tête baissée lors des réquisitions de l'avocat général, hier, pour le troisième et dernier jour de son procès pour acte de torture, barbarie et agression sexuelle, commis entre les murs de sa cellule au sein de la prison du Pontet sur deux de ses codétenus, à quoi pense l'accusé ? Qu'il va sûrement rester en prison plus longtemps que prévu ?


C'est fort probable. Mais combien d'années supplémentaires. Ça, il ne le sait pas encore. Peut-être 10 ans, comme le demande l'avocat général. Alors qu'il purge une peine pour viol, Hassan Sehel a été reconnu coupable des faits qui lui ont valu sa présence devant la cour criminelle départementale de Vaucluse. "Des actes de nature odieuse, et le mot est faible...", affirme le magistrat dans ses réquisitions.

"Le patron. c'est Hassan Sehel, il n'y a aucun doute"

Avant de s’attaquer au coeur de l'affaire, Jean-François Mayet a néanmoins tenu à faire un point sur la situation actuelle en milieu carcéral, cet espace de privation de liberté, avec une diversité de profils incarcérés, le tout sur fond de surpopulation, imposant, de facto, une intenable proximité qui qui exacerbe les personnalités les plus fragiles comme les plus violentes. "Le Pontet n'y échappe pas et tout cela mène, en France, à 120 suicides l'an passé, et aux 7 meurtres enregistrés en 2022", s'est-il attristé, ne pouvant passer sous silence le meurtre d'un détenu, récemment, à Marseille, quasiment décapité avec un bout de bol cassé, par un codétenu, peu de temps après son arrivée.


"La torture, poursuit-il, ce sont des douleurs, des souffrances psychologiques et physiques aigües. On peut citer la castration, l'excision ou encore les brûlures. Ces dernières figurent dans le dossier. Ces sévices. passés sous silence, avaient pour objectif de faire avouer la victime de sa prétendue homosexualité. des prétendus actes sexuels qu'elle aurait soi-disant commis sur lui alors qu’il dormait. S’ajoute à tout cela les humiliations, les interdictions… Le patron, c'est Hassan Sehel. il n’y a aucun doute." Les "similitudes troublantes" rapportées par le deuxième codétenu alors que les deux victimes ne se connaissaient pas. conforte l'avocat général dans ses réquisitions. "Il s'est rendu coupable de ces crimes et délits".

"L'horreur, à aucun moment on ne l'a touchée du doigt dans notre affaire"

"Torture, barbarie... Ce sont des mots forts, des termes dramatiques, plaide la voix puissante

Maître Charlène Netiveu-Sanchez, exhortant la cour de ne tomber ni dans l'excès, ni dans l'émotion. On veut submerger la vérité par des mots crus, puissants, terrifiants". L’avocat estime que les violences infligées sont des "violences réactives des violences graves commises avec une émotion excessive." S'improvisant maître de cérémonie, la pénaliste a invité la cour à pousser les portes de l'enfer. "L’horreur, à aucun moment, on ne l'a touchée du doigt dans notre affaire, assure-t-elle, en citant l'affaire dites des SDF de Niort (2020), où quatre marginaux avaient été retrouvés morts dans d’atroces souffrances, l'un démembré, un autre frappé à coups de pelle et de guitare électrique, violé avec une bouteille d'alcool ou encore une autre victime, les deux mains coupées, dont les doigts. passés à la casserole, avaient servi à nourrir un chien.


"Hassan Sehel n'a jamais eu l'intention de briser cet homme. Il a réagi dans un moment de crise de paranoïa, que l'experte a qualifié de bouffées délirantes aigües. Il n’est pas un tortionnaire". Maître Marie-Blanche Tapiem-Sativat, second conseil de l'accusé, précise : "Cette montée en tension submerge l'individu, qui perd alors perd toute notion de la réalité et rentre dans une réalité parallèle. C'est comme ça qu'il a imaginé être victime de la victime".


Selon elle, son client et l'une des victimes "ont joué de malchance", pointant, au passage, les failles du système pénitentiaire qui n'a pas su déceler ce qui se tramait dans la cellule. Depuis les faits, l’accusé a été placé à l'isolement "Quand on maintient un animal dans de telles conditions, souligne l’avocate, on parle d'acte de torture ou barbarie. Mais pas pour les hommes..." La cour a condamné Hassan Sehel, à 9 ans de réclusion criminelle. À sa sortie, l'Algérien en situation irrégulière, sera interdit de territoire. Il sera inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais). Il écope aussi de 18 000 euros d'amende.

Peul OURAL

La Provence - le 29 janvier 2025

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