Le syndicat Force Ouvrière Justice Maison d'arrêt d'Ajaccio a manifesté ces dernières semaines, dans une communication, son inquiétude quant à la surpopulation de la prison d'Ajaccio. L'occasion de faire un état des lieux des centres de détention insulaires.
Ajaccio: une surpopulation carcérale sans perspective de redéploiement
— framafad paca corse (@WaechterJp) December 17, 2024
Le syndicat Force Ouvrière exprime son inquiétude quant à la surpopulation de la prison d'Ajaccio. L'occasion pour @corsematin de faire un état des lieux des centres de détention insulaires. pic.twitter.com/sNCVU4Jqa9
JEANNE-F. COLONNA
jcolonna@corsematin.com
Nous avons actuellement 17 matelas au sol." José Caria, porte-parole du syndicat Force Ouvrière Justice Maison d'arrêt d'Ajaccio, et ses collègues ne cessent de tirer la sonnette d'alarme.
Depuis le 16 octobre, pas moins de six communiqués
ont été rédigés par ce syndicat qui alerte inlassablement sur les mêmes problèmes : "Surpopulation, profils non adaptés, mesures de séparation en hausse mais difficilement applicables, manque effectifs, personnels usés ».
« 84 détenus pour 50 places à Ajaccio »
Si la surpopulation, avec un « taux d'occupation de 160 % à Ajaccio », soit « 84 détenus pour 50 places », est déjà un problème à part entière, d'autres dysfonctionnements corollaires sont soulignés : « Certains détenus ont des interdictions de communiquer, mais on peut difficilement les mettre en place. Il y a beaucoup trop de proximité au sein de cette prison qui date de 1870 », confie José Caria.
Conséquences directes de cette surpopulation carcérale dans un bâtiment vétuste : les actes de violences envers les surveillants pénitentiaires se multiplieraient : « Il y a de nombreuses altercations, des crachats, des menaces verbales, des agressions physiques », confie le représentant syndical.
Le procureur d'Ajaccio, Nicolas Septe, confirme d'ailleurs que quatre plaintes ont été déposées par des surveillants. Le magistrat dit « déplorer » cette situation.
Pour noircir encore le tableau, sur ce site, les perspectives d’amélioration à long terme ne sont pas claires. « On ne peut pas agrandir l'existant. Les cours sont très étroites. It n'y a pas de terrain de foot ou d’autres aménagements de ce type, ce qui rendrait la détention plus sereine pour tout le monde, déplorent les représentants de FO.
« Il y avait eu un projet de construction très sérieux à la fin des années 2000. Il a été abandonné sans que l’on comprenne vraiment pourquoi », relate le syndicat.
Un projet avorté de déménagement à Baleone, sur la commune de Sarrola-Carcopino, alimente les regrets des syndicats. D'autant qu'une parcelle avait été acquise en ce sens par le ministère de la Justice. « A peine acheté, le terrain a été revendu dans la foulée », se souvient José Caria. Le rétropédalage du gouvernement, il y a presque quinze ans, n'est toujours pas digéré.
« On n'a jamais eu trop d'explications sur l'abandon de ce projet. Nous avions même proposé de descendre à 150 places, contre les 290 prévues, cela suffisait et permettait de diminuer les coûts, explique le représentant FO.
« Certains détenus ont des interdictions de communiquer mais on peut difficilement les mettre en place. Il y a beaucoup trop de proximité au sein de cette prison qui date de 1870 »
Casabianda, une autre solution ?
Contactée par Corse-Matin, la Chancellerie rembobine le fil du processus administratif et réitère les arguments qui ont conclu à l'abandon du chantier :
« Par arrêté du 12 février 2007, le préfet de Corse-du-Sud a déclaré d'utilité publique le projet de réalisation par le ministère de la Justice d'un centre pénitentiaire d'environ 290 places à Sarrola-Carcopino. Par ordonnance du 23 avril 2007, les parcelles nécessaires au projet, d'une surface totale de 98 254 m2, ont été expropriées au profit du ministère de la Justice. Après réexamen des besoins de création de places de détention en Corse et au regard du coût du projet, le ministère a décidé, en 2010, de ne pas y donner suite. »
À ce jour, aucune alternative n'est donc envisagée pour remédier à la saturation de l'édifice actuel, situé en plein centre-ville. Et dans l'ile, le jeu de chaises musicales des détenus ne peut se faire qu'entre trois prisons : Ajaccio, Borgo et Casabianda, à Aleria.
« Pour Casabianda, il faut remplir des critères stricts, ils ont été étendus aux violences intrafamiliales ces derniers temps », assure Raphaël Barallini, délégué régional FO pénitentiaire pour la Corse.
Des discussions seraient en cours avec la direction interrégionale des services pénitentiaires Sud-Est afin d'étudier certains dossiers de détenus, notamment ceux qui sont sur le point d'achever leur peine, pour désengorger Borgo. Selon nos informations, Casabianda dispose d'une vingtaine de places disponibles pour y accueillir les prisonniers redirigés depuis Borgo.
Par un effet de vases communicants, cela permettrait d'alléger un peu la structure ajaccienne : "Si l'on désengorge Borgo, qui compte, en tout, 315 détenus pour 240 places, on pourrait transférer les détenus d'Ajaccio qui dorment actuellement sur des matelas au sol et s’entassent parfois jusqu'à six personnes dans des cellules de 9 m2", proposent José Caria et Raphaël Barallini.
Le directeur de la prison d'Ajaccio, lui, n'a pas donné suite à nos sollicitations.
Se doter d'un véritable centre de semi-liberté
Enfin, à Ajaccio, le représentant FO milite pour une véritable structure dédiée à la semi-liberté. « L'idée est de créer, dans la continuité du palais de justice et de la prison, un centre de semi-liberté sur l'emprise actuelle de la caserne Bacchiochi. Ce centre peut apporter une réponse supplémentaire au fléau de notre société que sont les violences faites aux femmes et représenter un outil supplémentaire pour
l'aménagement des peines et l'accompagnement vers la sortie, avec un véritable suivi et une obligation de travailler », plaide José Caria qui travaille sur ce projet depuis plusieurs années déjà.
« Avec ce type de dispositif, on se rend compte qu'il y a beaucoup moins de récidives et cela permet aux victimes d'être en sécurité », assure-t-il. Si ce projet n'est pas enterré, il n'a toujours pas été sorti des cartons, faute de disponibilité. A suivre.
Corse-Matin, le 12 décembre 2024