Sing, Sing, le chemin de la rédemption pour un détenu injustement condamné

Voici une succesion de critiques du film "Sing Sing" de Greg Kwedar.  Ce drame carcéral, inspiré d'une histoire vraie et mettant en vedette de vrais anciens détenus, raconte l'histoire de Divine G, un prisonnier injustement condamné qui trouve la rédemption grâce à un atelier de théâtre en prison. Le film explore les thèmes de la réinsertion sociale par l'art, de l'amitié et de la découverte de soi dans un contexte carcéral, tout en recevant des critiques mitigées quant à son approche parfois trop sentimentale. La performance de Colman Domingo, nommé aux Oscars, est saluée unanimement.

SING SING

Théâtre et prison

***** DRAME (États-Unis, 1 h47), de Greg

Kwe-dar, avec Colman Domingo, Clare-nce

Maclin, Sean San Jose.


L'histoire

Incarcéré à la prison de Sing Sing pour un crime qu'il n'a pas commis, Divine G (Colman Domingo) se consacre corps et âme à l'atelier théâtre réservé aux détenus. À la surprise générale, l'un des caïds du pénitencier, Divine Eye (Clarence Maclin) se présente aux auditions...


Notre avis

Une prison, des détenus, la création d’une pièce de théâtre... Sur le papier, Sing sing fait penser à Un triomphe, dans lequel Kad Merad venait animer un atelier sur Beckett au sein d'un établissement pénitentiaire.

La comparaison s'arrête là, puisqu'il n’est pas question de suivre le parcours d'un intervenant extérieur, mais de rester en huis-clos, en compagnie des prisonniers, qui répètent une comédie dans l’espoir d’apporter un peu de joie dans ce lieu sinistre.

Chaque répétition est une petite parenthèse où tout le monde est mis sur un pied d’égalité. Cette idée, pensée autour d’un programme de réhabilitation par l'art, réellement mis en place dans l'État de New-York , est au coeur du film.

Plutôt que de filmer des conflits, Greg Kwedar met en avant des amitiés à la fois touchantes et viriles dans le monde carcéral. Il évite soigneusement de tomber dans la pauvreté, avec des portraits justes.

Dans le rôle-titre, Colman Domingo, dont le personnage fait parfois penser, par son côté désabusé et sage, à celui de Morgan Freeman dans Les Évadés, épate et sa nomination à l'Oscar du meilleur acteur est pleinement méritée.

Il est essentiellement entouré d’anciens prisonniers qui avaient participé au programme en question. La mise en scène de la caméra en épaule, privilégie les gros plans pour capter un peu de joie dans ce lieu sinistre.York, est au coeur du film pour capter des regards emplis de regrets et de douleurs.

La Provence - le 29 janvier 2025

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Sing Sing

de Greg Kewdar

FABRIQUÉ En prison à Sing Sing pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Divine G, quand il ne s’emploie pas à déposer des recours, consacre l’essentiel de son énergie à l’animation d’un atelier de théâtre pour les détenus, auquel s’inscrit à la surprise générale l’un des criminels les plus endurcis du pénitencier (Clarence Maclin, dans son propre rôle, à droite)… 


• L. D.

Inspiré d’une histoire vraie, joué par certains des protagonistes réels, le film est visiblement très satisfait de sa dimension éducative, civique et inclusive, ce qui le conduit à filmer de banales répétitions avec la ferveur qu’il mettrait à montrer des actes héroïques… Il en résulte un récit assez fabriqué, bavard et solennel, trop confit dans l’autocélébration ostentatoire de son projet pour convaincre.

Valeurs actuelles - le 29 janvier 2025

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«Sing Sing» : la prison redorée de Greg Kwedar

Avec une douceur singulière, la fiction documentée du réalisateur américain, portée par un casting d’anciens détenus, raconte l’histoire vraie d’un prisonnier injustement condamné à une longue peine qui s’émancipe par le théâtre.


• Camille Nevers

Un personnage réel dont la vie est portée à l’écran, le cinéma en a multiplié les fictions et les corps mimétiques, rien de nouveau. Mais une nette préférence est accordée aux récits des grands hommes, à la forme hagiographique. Ainsi selon que le personnage est une célébrité historique ou un complet inconnu, tel film sera qualifié de biopic, tel autre de chronique, drame édifiant des «riches heures» ou rubrique ordinairement placardée de la formule «inspiré de faits réels». Ne sont pas traités à l’identique êtres d’exception et monsieur Tout-le-Monde, les mémoires des hommes illustres et les tranches de vie quotidienne. Disons qu’il y a les chansons de geste et qu’il y a Sing Sing, chanson de prison, les nobles mémoires d’outre-tombe et les vulgaires carnets du sous-sol.

Mise en abyme. Colman Domingo, interprète principal du film, joue ce détenu réel, John «Divine G» Whitfield, qui durant sa longue incarcération, monta, écrivit, joua au sein du programme RAT - Rehabilitation Through Arts - de nombreuses pièces de théâtre en prison. Domingo (vu dans Euphoria ou Candyman) est comédien professionnel, tandis que l’essentiel du casting l’entourant est formé d’ex-détenus et ex-membres du groupe théâtral derrière les barreaux, au premier chef l’autre «divin» du film, Clarence «Divine Eye» Maclin, bad boy intimidant et intimidé qui se prend au jeu et à la scène comme ce fut le cas dans sa vraie vie. Le travail crescendo et doublement passionnant de Sing Sing, sa mise en abyme politique, tient à ce qu’il n’est bientôt plus possible d’y distinguer le sujet de la réinsertion de la figure du reenactement, c’est-à-dire la fiction documentée des conditions de captivité de la reconstitution par les concernés de leur quotidien de comédiens forçats. Le trouble du «vrai» est provoqué par la théâtralité, le retour sur les lieux d’incarcération par les détenus réels devenus acteurs d’eux-mêmes, et jouant à jouer. Domingo a ainsi pu déclarer : «J’ai déjà joué des personnages historiques, mais l’idée d’interpréter quelqu’un qui est juste en face de moi… ce n’est pas pareil.» A la scène comme à la vie : Sing Sing s’ouvre logiquement sur Shakespeare, le Songe d’une nuit d’été.

Colman Domingo, acteur noir et homosexuel ayant fondé il y a quelques années avec Raul Domingo, son mari, la société Edith Productions, coproduit ce film en tout point collectiviste signé Greg Kwedar, lui-même flanqué de Clint Bentley, son frère en création depuis les premiers films. Tous deux coproduisent, coécrivent leurs projets qu’ils réalisent à tour de rôle. Il faut découvrir les très originaux Transpecos, virée absurde et sanglante de la police à la frontière mexicaine (Kwedar à la mise en scène), et Jockey, réalisé par Bentley, lequel mêlait déjà de vrais jockeys à la fiction de cow-boy mélancolique et malade campé par leur acteur fétiche, Clifton Collins Jr., tronche qu’on retrouvera dans Train Dreams, dernière production du duo présentée ces jours-ci à Sundance. Quant à Colman Domingo, il est le grand outsider nommé aux oscars cette année dans le rôle de l’ex-détenu condamné pour un crime qu’il n’avait pas commis, revenu à sa pratique des arts en purgeant sa peine.

Etonne la grande douceur de Sing Sing, film de prison qui regarde les hommes pleurer. L’adage selon quoi on ne fait pas de bons films avec de bons sentiments, ici, est dégommé.

Evasion. La sentimentalité volontaire du film, du jeu des acteurs, les relations de travail et d’amitié - notamment entre Whitfield et Mike Mike (joué par deux grands amis à la ville, Domingo et Sean San Jose) - rélève d’une radicale et douce originalité. En fait de film de prison, c’est à Sur l’Adamant de Philibert, côté documentaire «interné», ou à Tous en scène de Minnelli, côté film de spectacle, que la démarche fait penser, plutôt qu’à l’Evadé d’Alcatraz ou même au Trou. L’évasion ici, c’est dans la tête, c’est de déclamer le monologue d’Hamlet, et d’échanger de nuit des confidences de cellule à cellule, la tête appuyée contre une cloison aussi épaisse qu’une cigarette, un mur mince comme Un chant d’amour.

Libération - le 29 janvier 2025

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https://youtu.be/j3dXc6P3zH8



« Sing Sing » : derrière les barreaux, les planches de la liberté

Nommé aux Oscars, Colman Domingo campe un prisonnier qui se consacre corps et âme à l’atelier théâtre. Un film coup-de-poing.


• Constance Jamet

Un drame carcéral sans émeute ni règlement de comptes se finissant au couteau. C’est le petit miracle de Sing Sing, de Greg Kwedar, portrait d’un groupe de prisonniers passionnés de théâtre. Incarcéré dans le tristement célèbre pénitencier de Sing Sing, dans l’État de New York, établissement de haute sécurité, pour un crime qu’il n’a pas commis, Divine G est le pilier de l’atelier de théâtre par sa force directrice. Il surprend ici ses camarades en décidant d’admettre dans leur groupe un certain Divine Eye. Ce caïd, qui gère de la prison un lucratif trafic de drogue, a un tempérament bouillonnant. Il ne tarde d’ailleurs pas à contester l’autorité de Divine G en persuadant la troupe de jouer contre son avis une comédie musicale sans queue ni tête où il est question de voyage dans le temps, de momie, de gladiateurs, du Hamlet de Shakespeare.

Ce scénario improbable est pourtant basé sur des faits réels, y compris cette pièce farfelue baptisée Mummy’s Code. Le programme de Sing Sing est un de ceux qui prônent la réinsertion par l’expression artistique (RTA). « J’ai ­découvert ce dispositif par hasard. Il y a huit ans, je tournais un court-métrage dans une prison du Kansas qui permettait à ses détenus de s’occuper de chiens ­errants. J’ai été sidéré de trouver autant de beauté et de compassion derrière les ­barreaux. Cela m’a donné envie de me renseigner sur les autres initiatives de ce genre », racontait Greg Kwedar en ­septembre dernier au Festival du cinéma américain de Deauville.

Une expérience cathartique

Un article d’Esquire le met sur la piste de Sing Sing et lui permet d’entrer en contact avec le professeur de l’atelier théâtre. Ils déjeunent avec d’anciens élèves libérés. Cette rencontre convainc le cinéaste d’être le plus authentique possible. Il rédige le scénario de Sing Sing - en lice pour l’Oscar de la meilleure adaptation, le 2 mars - avec son complice de toujours, Clint Bentley, et les vrais Divine G et Divine Eye, alias Clarence Maclin. Ce dernier, sollicité pour jouer son propre rôle, est une sacrée révélation. « Quand il est entré dans la pièce, j’ai été frappé par l’intensité de sa présence et de son charisme », se souvient Greg ­Kwedar, qui a mis la main à la pâte et animé des ateliers RTA. Comme pour ses précédents films, les seconds rôles sont tenus par des acteurs non professionnels issus du milieu qu’il dépeint.

Si Divine G échoit à Colman Domingo (La Couleur pourpre, Rustin), ses partenaires sont des ex-prisonniers qui ont accepté de renfiler leur uniforme et de tourner dans la prison désaffectée de Downstate. Une expérience cathartique pour les intéressés comme pour les spectateurs.

En résulte un long-métrage à fleur de peau flirtant avec le documentaire tout en laissant une grande part à l’improvisation, à l’humanité. La joie de renouer avec son imagination et ses émotions illumine les visages des prisonniers. L’oppression de l’incarcération surgit au détour d’une fenêtre grillagée dont s’échappe une brise qui laisse deviner l’Hudson tout proche. Les détenus s’étirent sur de longues files. Vétéran de Broadway qui récolte avec cette performance une seconde nomination aux Oscars dans la catégorie meilleur acteur, Colman Domingo est magnétique en homme recherchant dans le jeu toute la liberté dont il est privé. Au service des autres, il refuse d’écouter sa propre détresse et sa rage. Sa rencontre avec Divine Eye va le forcer à demander de l’aide.

« La prison est très efficace pour déshumaniser ceux qu’elle réduit à un numéro de matricule imprimé sur leur chemise. Avec ce film, j’aimerais que l’on reprenne conscience que ce sont des individus qui se cachent derrière nos barreaux, qu’on les regarde dans les yeux et entrevoie un autre avenir », plaide Greg Kwedar. Et de rappeler : le risque de récidive chez les prisonniers suivant un programme RTA est seulement de 3 % contre 60 % en moyenne pour les autres. C.J.

Le Figaro - le 29 janvier 2025

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“Sing Sing” de Greg Kwedar, quand une prison devient scène de théâtre

par Arnaud Hallet

Un détenu incarcéré à tort devient malgré lui coach d’art dramatique dans la prison de Sing Sing.


“Shakespeare, notre gars sûr qui se retourne dans sa tombe parce que je déchire dans le rôle de Hamlet.” Voilà le résultat quand des détenus se livrent corps et âme à la mise en scène d’une pièce de théâtre derrière les barreaux. En l’occurrence ceux de Sing Sing, un établissement correctionnel situé en périphérie de New York, où s’est fondé, à la fin des années 1990, le programme RTA (“Rehabilitation Through the Arts”), un dispositif de réinsertion par l’expression scénique.

Le film s’empare de cette initiation au théâtre en suivant un homme au travail, incarcéré à tort et forcé de purger une peine pour un crime qu’il n’a pas commis. D’abord perçu comme un prédicateur aux sermons à la petite semaine, cet inespéré coach d’art dramatique va peu à peu apprivoiser les émotions chaotiques de son collectif.

Performance de haut vol

Variation du Cercle des poètes disparus en milieu carcéral, Sing Sing n’est pas tant un film sur la rédemption par l’art, mais plutôt l’œuvre d’une grande répétition générale. Réellement traversé par un train de banlieue (image ô combien symbolique et douloureuse d’un moyen de transport qui voyage à l’intérieur même d’une maison d’arrêt), l’établissement pénitentiaire se résume pratiquement à une seule salle d’exercice scénique, un colossal hangar où la voix résonne comme un écho fantomatique, dans le dénuement le plus total. C’est un laboratoire artisanal où la caméra à l’épaule s’installe au contact des visages et au centre du cercle que forme la troupe de comédiens, en grande majorité constituée d’anciens détenus ayant véritablement participé au programme de théâtre. 

Sing Sing se révèle être le documentaire maquillé de ses propres acteurs, à qui il doit énormément. Notamment son duo hors norme autour duquel le récit s’articule, Colman Domingo (ses regards toujours au bord de la submersion) et Clarence Maclin (gangster au magnétisme abrasif). En restituant pleinement la parole aux détenus (le personnel de la prison, s’il apparaît à l’écran, reste globalement muet), le film trouve sa tonalité au rythme des répétitions.

À recréer ces ateliers d’improvisation entre quatre murs, se réinvente la vulnérabilité, à juste distance d’une authenticité brute et du pathos qui pourrait en découler. Pas des plus évidents à accomplir, ce numéro d’équilibriste dissèque, avec une intensité souvent déstabilisante, les performances qui se sculptent et s’affinent en temps réel. Une forme de persévérance dans les actes manqués.

Sing Sing de Greg Kwedar, avec Colman Domingo, Clarence Maclin, Sean San Jose… En salle le 29 janvier.

Les Inrocks - le 27 janvier 2025

Sing Sing, un film où le théâtre permet une vision positive de la vie en prison


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DRAME

LA PRISON, CÔTÉ COUR

x x Sing Sing, de Greg Kwedar, avec

Colman Domingo, Clarence Maclin, Sean

San Jose (déjà en salles)

Incarcéré à Sing Sing pour un crime qu’il n’a pas commis, Divine G n’a pour s’évader que l’atelier théâtre qu’il a fondé. De pièce en pièce, il occupe les rôles-titres, jusqu’à l’arrivée d’un sérieux concurrent…


Inspiré et porté par ceux qui ont vécu cette histoire - parmi lesquels Clarence Maclin, qui brille en dealer coléreux —, ce film, nommé trois fois aux Oscars, est une plongée pleine d’humanité dans l’univers carcéral américain. Un huis clos à la trame simple, mêlé d'archives, qui s’intéresse autant au quotidien des détenus qu’à leur vie intérieure. Et si le théâtre les amenait un jour au-delà des murs de Sing Sing ? Louise Dugast

Le Figaro magazine - 31 janvier 2025

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