Maison d’arrêt de Lons-le-Saunier : "Nous sommes à leur côté, pas de leur côté"

À la maison d'arrêt de Lons-le-Saunier, deux fois par semaine, l'aumônier catholique Jacques Courvoisier et son équipe vont à la rencontre des personnes détenues.

Par Joffrey Fodimbi

Si les murs de la maison d’arrêt de Lons-le-Saunier sont impénétrables à qui n’y est pas invité, les voies du Seigneur, elles, vont où bon elles leur semblent nécessaires d’aller.

Dans la ville préfecture du Jura, c’est donc par l’intermédiaire de Jacques Courvoisier, un agriculteur à la retraite de 68 ans domicilié à Arlay, que la parole divine, mais surtout l’écoute, parviennent jusqu’aux personnes détenues.

Deux fois par semaine

Chaque mardi et samedi, l’aumônier catholique, accompagné de l’un des dix membres de son équipe dédiée, se rend à la maison d’arrêt pour y rencontrer les personnes incarcérées en tête à tête au parloir ou en groupe, lors de moments d’échanges thématiques ou de détentes.


Parallèlement aux trois autres aumôniers qui ont le droit d’accéder à l’établissement pénitentiaire – protestant, musulman et témoin de Jéhovah – Jacques Courvoisier s’est vu confier cette mission par l’évêché en 2018.


« J’ai toujours été pratiquant, et depuis tout jeune, j’ai participé à la vie de l’Église en rendant service à la paroisse. Mais en 1996, la demande m’a été faite de devenir diacre ; chose que j’ai refusée, car je ne me sentais pas prêt. Avant qu’on ne me redemande en 2003 et que j’accepte cinq ans plus tard. »


Une rencontre décisive

Un cheminement personnel à l’issue duquel l’agriculteur s’investit encore un peu plus au sein de l’Église, en organisant baptêmes et mariages. « Parallèlement à quoi, il y a quarante ans, j’ai eu l’occasion de rencontrer une visiteuse de prison. Et depuis tout ce temps, l’échange que j’avais eu avec elle, et le bonheur dont elle avait fait part, m’étaient toujours restés dans le cœur, sans jamais oser aller plus loin. »

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Arrivé à la retraite, l’envie de rendre visite aux personnes incarcérées se fait plus présente et c’est en 2017 qu’il effectue sa première visite en prison avec l’équipe dédiée, avant de devenir aumônier l’année suivante, puis responsable du groupe en 2019.

« Le Christ a dit à ses apôtres : « J’étais en prison, et vous êtes venus vers moi » ; aussi, nous nous devons de répondre à son appel et d’aller accompagner la part de l’Église qui est incarcérée, mais aussi ramené de ce lieu d’incarcération ce qu’il s’y passe au sein même de l’Église. En somme, nous sommes avant tout là pour écouter ceux qui en font la demande, sans jugement, afin de leur apporter un peu de paix. »

« Nous sommes lucides »

Des rencontres aux nombres variables en fonction des détenus présents dans la maison d’arrêt, dont les peines n’excèdent pas les deux ans, « mais qui représentent sensiblement le même pourcentage que dans la société. Après nous sommes lucides sur le fait que tous ne viennent pas vers nous pour des questions de religions, mais seulement pour simplement échanger et être écouté. Mais peu importe au final, le bon Dieu se débrouille avec tout cela, et nous de notre côté, si on leur a ramené le sourire, c’est déjà bien. »

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« Nous sommes à leur côté »

Quant au fait d’échanger avec des personnes condamnées pour des actes plus ou moins graves, si Jacques Courvoisier assure naturellement ne pas être dans le jugement et aller à leur rencontre « sans a priori et avec la plus grande humilité, tout en faisant abstraction de leurs fautes ».

Il précise malgré tout : « À l’intérieur comme à l’extérieur, l’Église n’est pas une communauté de gens parfaits, mais une équipe de bras cassés. C’est d’ailleurs pour ça qu’au début de chaque messe nous demandons pardon au Seigneur. »

Puis de conclure : « Nous sommes à leur côté, mais pas de leur côté. »

Voix du Jura, le 10 janvier 2025

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